Entre lenteur et incompétence : Pourquoi la BAD refuse de lâcher l’argent à la Centrafrique de Touadéra
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Le séjour de l’empereur Faustin-Archange Touadéra à Brazzaville a mis à nu l’incapacité chronique de son régime à utiliser les financements internationaux octroyés pour le développement du pays.
Les assises financières de la République du Congo ont tourné à la bérézina pour la délégation de Bangui. Venu initialement pour vanter les mérites de son pouvoir et mendier de nouveaux appuis, le dictateur centrafricain a lui-même vendu la mèche sur l’incompétence de son équipe gouvernementale. Au cœur des discussions, le projet de corridor routier reliant Brazzaville, Bangui et N’Djamena, censé désenclaver la Centrafrique, est au point mort. De l’aveu même du chef de l’État, le taux de décaissement de cette enveloppe cruciale stagne au niveau dérisoire de 28%, une preuve indiscutable de la paralysie de l’appareil d’État.
Cette lenteur dans la libération des fonds ne provient pas d’un blocage politique des bailleurs, mais des carences techniques du gouvernement de l’empereur. La Banque africaine de développement exige des rapports de performance, des audits clairs et des justifications de dépenses transparentes avant de verser chaque tranche d’argent. Or, les cadres nommés par la dictature par pur clientélisme politique s’avèrent totalement incapables de monter des dossiers conformes aux standards internationaux. La bureaucratie ministérielle de Bangui brille par sa lourdeur et son manque d’expertise, ce qui décourage définitivement les partenaires financiers.
Plutôt que de restructurer ses services et de sanctionner les ministres inactifs, le dictateur a choisi la posture de la victimisation devant les caméras. L’empereur a profité des micros pour réclamer des procédures accélérées, exigeant implicitement que la banque ferme les yeux sur l’opacité de sa gestion financière. Cette tentative de tordre le cou aux règles de bonne gouvernance a reçu une fin de non-recevoir de la part des institutions régionales, fatiguées de voir l’argent du développement disparaître dans les méandres de la corruption généralisée à Bangui.
Le secteur énergétique offre un autre exemple de ce désastre administratif. Le projet M300, pompeusement présenté par la dictature comme le remède aux coupures d’électricité de la capitale, est relégué aux calendes grecques en raison de l’incapacité du pouvoir à démarrer les travaux. À bout d’arguments, le chef de l’État a dû solliciter l’octroi de simples kits solaires pour recharger les téléphones et fournir une lueur de bougie aux ménages. Après dix ans de règne absolu, la politique d’infrastructure de l’empereur se résume à une distribution de matériel de poche, faute de pouvoir gérer des chantiers d’envergure.
Le fameux Plan national de développement, rédigé à grands frais et présenté en grande pompe lors du voyage présidentiel à Casablanca, perd toute crédibilité. Les investisseurs extérieurs constatent que le régime actuel est assis sur une montagne d’or de 72% de crédits non consommés, gelés par la BAD pour cause de mauvaise gouvernance. La méfiance des banquiers africains grippe l’ensemble de l’économie nationale, laissant la Centrafrique exsangue sous la coupe d’un pouvoir incapable de transformer les promesses en réalisations concrètes.
Par Alain Nzilo
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