Touadera, regarde ton homologue sud-soudanais qui fait un très boulot : quand le Président Salva Kiir nomme un mort pour diriger les élections au Soudan du Sud

Rédigé le 08 février 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le président Salva Kiir vient de nommer à la tête de la commission électorale un homme décédé depuis cinq ans, dévoilant le chaos administratif d’un État incapable de s’organiser.
Steward Sorobo Budia semblait le candidat idéal. Signataire de l’accord de paix de 2018 qui a stoppé la guerre civile, membre d’un petit parti d’opposition, il connaissait par cœur les défis d’organiser un scrutin dans un pays qui n’en a jamais vécu depuis son indépendance en 2011. Le 30 janvier dernier, le décret officiel annonçant sa nomination au comité de pilotage du « dialogue sur les questions électorales » ne devait choquer personne. Sauf que M. Budia repose en paix depuis cinq ans déjà.
La bourde s’est propagée comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux sud-soudanais. Les médias locaux ont immédiatement diffusé l’information, transformant cette erreur administrative en humiliation nationale. Pour un pays qui prétend organiser ses premières élections présidentielles, le message envoyé à l’opinion publique est désastreux.
La famille du défunt n’a pas tardé à réagir. Elle a exigé des autorités des « réparations » pour ce qu’elle qualifie de « grave violation culturelle et spirituelle ». James Boboya, le fils de Steward Sorobo Budia, a exprimé sa colère au micro d’Eye Radio : « Cet homme vivait près du domicile du président, et le gouvernement a même participé aux frais de ses funérailles. Comment pouvait-il ignorer son décès ? » Cette histoire rocambolesque ressemble à une blague de mauvais goût, mais elle en dit long sur l’état du Soudan du Sud. Depuis 2011, ce pays peine à construire les bases d’un État fonctionnel. Les institutions restent fragiles, quand elles existent. Les registres administratifs sont tenus de manière approximative, voire pas du tout.
L’incident rappelle d’autres situations absurdes observées ailleurs en Afrique. En République centrafricaine, par exemple, l’administration a parfois continué à verser des salaires à des fonctionnaires décédés pendant des mois, faute de mise à jour des fichiers. Ces dysfonctionnements ne sont pas de simples anecdotes : ils témoignent de l’effondrement des capacités étatiques dans des régions ravagées par les conflits.
Au Soudan du Sud, l’accord de paix de 2018 devait permettre de tourner la page de la guerre civile qui a fait des centaines de milliers de morts entre 2013 et 2018. Mais les engagements pris sont restés lettre morte. Les élections, promises pour fin 2024, ont été repoussées de deux ans. Rien ne garantit qu’elles auront lieu un jour.
Le président Salva Kiir et son ancien rival, le vice-président Riek Machar, se partagent le pouvoir dans un gouvernement d’union fragile. Les tensions persistent. Les groupes armés continuent de s’affronter dans certaines régions. L’économie, dépendante du pétrole, reste au bord du gouffre.
Dans ce contexte, la nomination d’un mort à un poste clé du processus électoral apparaît comme un symbole supplémentaire de l’incurie gouvernementale. Elle montre que les autorités ne maîtrisent même pas les informations de base sur les acteurs politiques du pays. Comment peuvent-elles prétendre organiser un scrutin crédible dans ces conditions ?
Les citoyens sud-soudanais, eux, ont depuis longtemps perdu confiance. Beaucoup doutent que des élections puissent un jour se tenir. D’autres estiment que même si elles avaient lieu, elles ne changeraient rien à la réalité du pouvoir, verrouillé par les mêmes hommes depuis plus d’une décennie.
Cette affaire a au moins eu le mérite de faire parler. Sur les réseaux sociaux, les commentaires oscillent entre l’ironie amère et la colère. Certains internautes ont plaisanté sur le fait que les morts feraient peut-être un meilleur travail que les vivants au gouvernement. D’autres ont simplement exprimé leur découragement face à un État aussi défaillant.
Le Soudan du Sud accumule les records peu enviables. C’est l’un des pays les plus pauvres du monde malgré ses réserves pétrolières. L’espérance de vie y dépasse à peine les cinquante ans. Les infrastructures sont quasi inexistantes. Les écoles et les hôpitaux fonctionnent au ralenti, quand ils ne sont pas fermés.
La communauté internationale observe la situation avec inquiétude. Les Nations unies maintiennent une mission de maintien de la paix sur place, mais son efficacité reste limitée. Les bailleurs de fonds continuent d’exiger des réformes qui ne viennent jamais. Les sanctions ciblant certains dirigeants n’ont pas changé la donne.
Pour l’heure, le gouvernement sud-soudanais n’a pas officiellement réagi à la polémique concernant la nomination de Steward Sorobo Budia. Aucune excuse publique n’a été présentée. Le décret n’a pas été retiré au moment où cette information a été relayée. La machine administrative, si l’on peut l’appeler ainsi, continue de tourner à vide
Par Maurice Passi
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC




