Les interventions étrangères en RCA : Le remède qui aggrave la maladie….

Quand les “solutions” internationales deviennent le problème…
Bangui, CNC.
“Sangaris, MINUSCA, Wagner… Plus il y a de forces étrangères pour sauver la RCA, plus le pays semble s’enfoncer dans la crise.” Cette observation glaçante ouvre le chapitre consacré aux interventions étrangères dans l’avant-dernier ouvrage d’Élie OUEIFIO, “La RCA doit-elle toujours dépendre des autres ?” (août 2024). Un paradoxe qui pose une question déterminante : les interventions étrangères sont-elles la solution ou une partie du problème centrafricain ?
La multiplication des interventions : Une spirale sans fin…
Depuis des années, la République centrafricaine (RCA) est devenue un lieu d’un ballet incessant d’opérations militaires internationales. L’opération française Sangaris, déployée entre 2013 et 2016, a ouvert la voie, suivie par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA), toujours active. Plus récemment, les forces russes du groupe Wagner ont fait leur entrée, accompagnées de contingents africains variés et de forces de sécurité rwandaises. Chaque acteur arrive avec des objectifs officiels ambitieux : protéger les civils, stabiliser le pays, former les forces centrafricaines, restaurer l’autorité de l’État et sécuriser le territoire. Pourtant, loin de ramener la paix, cette profusion d’intervenants semble alimenter une spirale de chaos.
Les conséquences inattendues…
Ces interventions, censées renforcer la RCA, ont paradoxalement fragilisé sa souveraineté. La dépendance sécuritaire s’est accentuée, l’État perdant peu à peu son autonomie dans la prise de décisions indispensables. Les fonctions régaliennes, comme la défense et la sécurité, sont souvent déléguées à des forces extérieures, reléguant les institutions nationales à un rôle secondaire. L’armée centrafricaine (FACA) en subit directement les contrecoups : les soldats, démotivés par leur mise à l’écart, perdent en légitimité et en professionnalisme, tandis qu’un complexe d’infériorité s’installe face aux troupes étrangères mieux équipées et mieux entraînées.
Le coût caché des interventions…
Sur le plan économique, la présence étrangère a des répercussions lourdes. Les ressources naturelles, notamment dans les zones minières, sont souvent exploitées ou contrôlées par des acteurs extérieurs, au détriment des Centrafricains. Des contrats désavantageux et une dette croissante viennent alourdir le fardeau financier du pays. Politiquement, l’ingérence est tout aussi problématique : les affaires intérieures sont influencées par des pressions diplomatiques et des conditionnalités imposées, réduisant l’indépendance de l’État face aux agendas internationaux.
La complexification du terrain…
Selon l’ancien ministre Elie Ouéifio, la multiplication des acteurs étrangers a transformé la RCA en un échiquier complexe. Les intervenants, aux intérêts parfois divergents, entrent en concurrence, créant des conflits d’intérêts et une confusion dans l’attribution des responsabilités. Cette situation désoriente les populations centrafricaines, qui développent une méfiance croissante envers ces “sauveurs” extérieurs. Les tensions entre communautés s’aggravent, la dépendance à l’aide humanitaire s’installe, et les repères traditionnels s’effritent sous le poids de cette présence massive.
Les effets pervers…
Sur le plan sécuritaire, loin d’apaiser les violences, les interventions ont engendré de nouvelles dynamiques conflictuelles. Les affrontements se déplacent, les groupes armés se réorganisent et s’équipent davantage, alimentant des cycles de représailles sans fin. Socialement, une économie de la dépendance s’est développée, fragilisant le tissu communautaire. Les cultures et valeurs importées par les forces étrangères menacent l’identité locale, accentuant le sentiment de dépossession chez les Centrafricains.
Le piège de la dépendance…
Militairement, la RCA se retrouve dans une impasse : incapable d’assurer seule sa sécurité, elle dépend de renforts extérieurs constants. Son matériel, souvent inadapté, et la formation de ses troupes, largement externalisée, renforcent cette vulnérabilité. Politiquement, les décisions sont influencées par des puissances étrangères, limitant la souveraineté et imposant des choix contraints qui réduisent l’autonomie du pays à peau de chagrin.
Les alternatives proposées…
Face à ce constat, l’ancien ministre Elie Ouéifio propose des solutions. Renforcer les capacités nationale est une priorité : une formation intensive des forces nationales, un équipement adapté et une autonomie opérationnelle permettraient à la RCA de reprendre les rênes de sa sécurité. À l’échelle régionale, une coopération sous-régionale, appuyée par des mécanismes africains et une solidarité continentale, pourrait offrir des réponses endogènes, moins dépendantes des agendas extérieurs.
Les recommandations d’Élie OUEIFIO…
Pour l’État centrafricain, Élie OUEIFIO préconise une reprise en main ferme de la sécurité nationale, avec une formation rigoureuse des forces locales et une stratégie de défense autonome, portée par une vision souveraine. À la communauté internationale, il demande un changement de posture : respecter la souveraineté du pays, fournir un appui sans se substituer aux institutions nationales, privilégier une coopération équilibrée et transférer réellement des compétences aux Centrafricains.
Vers une véritable autonomie…
La multiplication des interventions étrangères en RCA révèle les limites d’un modèle de stabilisation qui, loin de guérir, aggrave les maux du pays. Pour Élie OUEIFIO, la sortie de crise repose sur quatre piliers : le renforcement des capacités nationales, la reprise en main de la sécurité, l’affirmation de la souveraineté et le développement de solutions ancrées dans la réalité centrafricaine. L’avenir de la RCA dépend de sa capacité à briser le cercle vicieux de la dépendance militaire et à bâtir des forces de défense véritablement nationales, capables de protéger le pays sans tutelle extérieure….
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