Dimanche dernier, une fusillade nocturne à Sam-Ouandja crée une débandade générale

Rédigé le 28 janvier 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le dimanche 25 janvier en soirée, vers 19 heures, des tirs nourris entre forces de sécurité ont plongé Sam-Ouandja dans un chaos total, provoquant la fuite désordonnée des habitants.
Tout a commencé avec l’arrivée d’un exploitant minier artisanal venant de Mandjam, communément appelé site de Manou, situé dans la localité de Ouandja, préfecture de la Vakaga. Cet homme d’affaires se rendait à Sam-Ouandja pour évaluer les possibilités d’exploitation sur un autre site minier localisé à douze kilomètres de la ville. Pour assurer sa sécurité durant le trajet, il avait pris soin de se faire escorter par deux soldats des forces armées centrafricaines.
Avant même d’atteindre sa destination, l’exploitant avait contacté la gendarmerie de Sam-Ouandja pour annoncer son arrivée prochaine. Il avait précisé qu’il voyageait en compagnie de deux militaires pour éviter tout malentendu à son arrivée. Cette précaution semblait raisonnable compte tenu de la situation sécuritaire dans la région.
Vers 19 heures ce dimanche soir, le trio est effectivement arrivé à Sam-Ouandja et s’est dirigé directement vers le poste de gendarmerie. Ils y ont rencontré le commandant de brigade ainsi que plusieurs gendarmes de service. L’exploitant a expliqué le but de sa visite tandis que les deux soldats présentaient leurs documents d’identification.
Pendant ce temps, le capitaine commandant le détachement militaire des FACA basé à Sam-Ouandja a été informé de cette arrivée. Il a immédiatement envoyé deux de ses hommes à la gendarmerie avec des instructions claires pour le commandant de brigade. Après vérification des identités des deux soldats escorteurs, ceux-ci devaient être libérés pour rejoindre la base militaire où ils passeraient la nuit, tandis que l’exploitant serait logé chez le sous-préfet.
Cette demande du capitaine semblait logique sur le plan hiérarchique et organisationnel, chaque corps de sécurité accueillant ses propres membres. Mais le commandant de brigade n’a visiblement pas apprécié ce qu’il a perçu comme une ingérence dans ses prérogatives. Sa réaction a été cinglante et immédiate.
« C’est moi qui dois prendre la décision, pas le capitaine », a-t-il répondu aux deux émissaires du commandant militaire. Il a insisté sur le fait que cette affaire relevait de son autorité puisqu’elle se déroulait dans son périmètre de compétence. Les deux soldats envoyés par le capitaine ont tenté d’argumenter, mais le commandant de brigade est resté sur sa position.
L’atmosphère s’est rapidement tendue entre les gendarmes présents et les émissaires militaires venus transmettre le message de leur supérieur. Quelques minutes plus tard, alors que les discussions continuaient dans une ambiance de plus en plus électrique, un gendarme qui se tenait à proximité a soudainement tiré un coup de feu en l’air.
Cette détonation a déclenché une réaction en chaîne immédiate. L’un des soldats envoyés par le capitaine a répliqué aussitôt en tirant également un coup en l’air, comme pour ne pas se laisser impressionner. Ce qui aurait pu s’arrêter là s’est transformé en véritable cacophonie de tirs, comme si ce premier échange avait donné le signal d’un jeu dangereux.
Un troisième coup a retenti, puis un quatrième, et rapidement toute la ville s’est retrouvée sous un déluge de balles tirées vers le ciel. Gendarmes et militaires participaient tous à cette fusillade absurde, chacun vidant son chargeur sans aucune raison apparente. Le vacarme était assourdissant, les détonations se succédaient sans interruption comme une partition de folie.
À cette heure de la soirée, de nombreux habitants se trouvaient encore dehors, profitant de la fraîcheur après la chaleur de la journée. Les rues étaient animées, des commerces ouverts, des gens discutant par petits groupes. Quand les premiers coups de feu ont éclaté, personne n’a immédiatement compris ce qui se passait.
Puis la panique s’est emparée de tout le monde simultanément. Les habitants ont commencé à courir dans tous les sens, convaincus qu’une attaque rebelle venait de débuter. Les femmes avec leurs enfants fuyaient en hurlant, les commerçants abandonnaient leurs étals, les passants se bousculaient pour trouver un abri.
Ce dimanche soir à 19 heures, Sam-Ouandja a basculé dans un chaos indescriptible uniquement à cause de l’irresponsabilité de ces forces de sécurité. La débandade était totale, les cris se mêlaient aux tirs, personne ne savait vraiment où aller pour se mettre à l’abri. Des familles entières se sont retrouvées séparées dans la confusion générale.
Il faut préciser que le commandant de brigade de la gendarmerie de Sam-Ouandja est connu dans toute la localité comme un buveur invétéré. Cet « alcoolot résistant », pour reprendre l’expression locale, passe le plus clair de son temps dans un état d’ébriété avancé. Son comportement erratique ne surprend plus personne à Sam-Ouandja, mais cette fois il a entraîné toute sa brigade dans sa folie.
Quant aux soldats, leur propension à créer du désordre n’est malheureusement pas une nouveauté non plus. Ils aiment visiblement la pagaille et ne manquent jamais une occasion de tirer en l’air pour impressionner ou simplement par amusement. Cette manie des tirs intempestifs est devenue leur marque de fabrique dans plusieurs villes du pays.
Ce qui frappe dans cet incident, c’est l’inconscience totale de ces hommes censés protéger la population. Ils ne semblent pas réaliser que les munitions qu’ils gaspillent ainsi ont été achetées avec l’argent des contribuables centrafricains. Chaque balle tirée en l’air représente une dépense inutile pour un État déjà exsangue financièrement.
Plus grave encore, ils ne mesurent pas le traumatisme qu’ils infligent aux habitants en tirant ainsi sans raison. Dans une région où les attaques rebelles sont une menace réelle et constante, simuler involontairement une telle attaque par des tirs nourris relève de la pure irresponsabilité. Les enfants qui ont vécu cette panique garderont longtemps en mémoire cette peur terrible.
Par Alain Nzilo
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