Centrafrique : une crise politique autour de la nomination du vice-Président de la République qui menace de faire imploser le pouvoir

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une crise politique autour de la nomination du vice-Président qui menace de faire imploser le pouvoir

 

Centrafrique : une crise politique autour de la nomination du vice-Président qui menace de faire imploser le pouvoir
Le Président Touadera et Simplice Mathieu Sarandji, Président de l’assemblée nationale

 

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.

Depuis plusieurs mois, une tension règne au sommet de l’État centrafricain. Le président Faustin Archange Touadéra alias Baba Kongoboro et Simplice Mathieu Sarandji, président de l’Assemblée nationale et secrétaire exécutif du Mouvement Cœurs Unis (MCU), le parti au pouvoir, ne se parlent plus. Ce qui semblait être une alliance indéfectible entre les deux hommes, forgée depuis leurs années universitaires, s’est fissuré, laissant place à une guerre froide qui intrigue les observateurs et inquiète les Centrafricains. Au cœur de cette brouille : la désignation du futur vice-président de la République, un poste qui cristallise ambitions, rivalités et influences russe. Entre la pression du groupe Wagner pour imposer Hassan Bouba, le refus catégorique de Sarandji de jouer les seconds rôles, et la menace d’une nomination explosive de Sani Yalo, le pays semble s’enfoncer dans une spirale de divisions à l’approche des élections de 2025.

 

Les manœuvres de Wagner pour Hassan Bouba

 

Tout commence en novembre 2023, surtout après la promulgation de la nouvelle constitution le 30 août 2023, créant de facto un poste du vice – Président de la République, le groupe Wagner, dont l’influence ne cesse de croître en Centrafrique, propose au président Touadéra de nommer Hassan Bouba au poste de vice-président. Ancien chef rebelle tchadien, arrivé clandestinement dans le pays avant de rejoindre l’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC), Bouba s’est imposé comme une figure clé après l’accord de Khartoum en 2019. Devenu ministre de l’Élevage et de la Santé animale, il est aujourd’hui l’interlocuteur privilégié des paramilitaires russes à Bangui. Mais cette proposition a immédiatement provoqué une levée de boucliers parmi les proches du président.

 

Pour beaucoup dans l’entourage de Touadéra, Hassan Bouba est un choix inacceptable. D’abord, son passé de rebelle et son origine tchadienne jettent un doute sur sa légitimité à occuper un poste aussi élevé. Ensuite, il fait l’objet de poursuites par la Cour pénale spéciale pour des crimes présumés commis lors des conflits armés. “Comment peut-on confier la vice-présidence à un homme qui devrait répondre de ses actes devant la justice ?” s’interroge un conseiller du président, sous couvert d’anonymat. Face à cette opposition, Touadéra joue la montre. Il assure à Wagner qu’il envisagera la nomination de Bouba une fois la loi organique définissant le poste votée. Mais, en coulisses, il retarde volontairement le processus : bien que validée par le Conseil des ministres en janvier 2024, la loi n’a toujours pas été soumise à l’Assemblée nationale.

 

Ce double jeu ne passe pas inaperçu. Wagner, qui voit en Bouba un allié fidèle, maintient la pression. Pour les Russes, contrôler la vice-présidence serait un moyen de consolider leur emprise sur le pouvoir centrafricain, déjà renforcée par leur présence militaire et leurs intérêts économiques dans les mines et autres ressources stratégiques. Mais cette ingérence étrangère aggrave les divisions au sein du camp présidentiel, où l’on redoute que Touadéra ne cède sous la contrainte.

 

Simplice Mathieu Sarandji : un refus qui fait des vagues

 

Face à cette impasse, Touadéra élabore un plan alternatif. Il se tourne vers son vieil ami et allié, Simplice Mathieu Sarandji, qu’il considère comme un “grand frère”. L’idée est simple : nommer Sarandji vice-président et faire de la place à l’Assemblée nationale pour Évariste Ngamana, ancien chef milicien anti-balaka devenu premier vice-président de l’hémicycle et proche du président. Mais ce scénario se heurte à un mur. Sarandji refuse catégoriquement de quitter son fauteuil à l’Assemblée pour devenir le numéro deux du pays.

 

Pour Sarandji, cette proposition est une humiliation. “Il ne veut pas être un simple exécutant, un homme dans l’ombre de Touadéra qui ne possède ni du budget, ni du cabinet, encore moins de privilège comme à l’assemblée nationale “, confie une source proche de l’Assemblée. Président de l’Assemblée nationale depuis des années et secrétaire exécutif du MCU, Sarandji se voit comme une figure centrale du pouvoir, pas comme un subalterne. Il l’a d’ailleurs clamé haut et fort : “C’est moi qui ai créé le MCU, c’est moi le patron“. Ces mots, prononcés lors d’une réunion interne du parti, ont résonné comme une déclaration de guerre contre Touadéra, qui dépend pourtant du MCU pour asseoir son autorité.

 

Ce refus a fait monter la tension entre les deux hommes. Depuis des semaines, ils ne se parlent plus directement, se contentant de communiquer par intermédiaires. Pour les partisans de Touadéra, le comportement de Sarandji n’a rien de surprenant. “À chaque approche d’élections, il fait ça. Il met la pression pour obtenir des faveurs, de l’argent, ou plus de pouvoir”, lâche un cadre du MCU, exaspéré. Certains vont plus loin, accusant Sarandji de vouloir bloquer les ambitions de Touadéra pour les élections de 2025, où une nouvelle Constitution lui permettrait de briguer un troisième mandat. En gardant le contrôle de l’Assemblée et du parti, Sarandji s’assure une position de force, prêt à négocier – ou à saboter – les plans du président.

 

Sani Yalo : la bombe qui pourrait tout faire exploser

 

Mais Touadéra ne s’arrête pas là. Face au refus de Sarandji et aux réticences autour de Bouba, il envisage une troisième option qui fait trembler le pays : nommer Sani Yalo, actuel président du Conseil d’administration du Bureau d’Affrètement Routier Centrafricain (BARC), comme vice-président. Cette idée, murmurée dans les couloirs du palais présidentiel, a de quoi alarmer. Car Sani Yalo n’est pas un inconnu : c’est une figure du banditisme dans le pays, surnommée par les banguissois “le parrain des parrains”, dont le parcours criminel est aussi long que spectaculaire.

 

Sani Yalo, c’est l’histoire d’un homme qui a bâti sa fortune et son influence sur le chaos. Sous le régime d’Ange Félix Patassé, il est arrêté et emprisonné pour faux et usage de faux. Libéré, il trouve un terrain fertile sous la présidence de Faustin-Archange Touadera, où il s’entoure de quelques criminels notoires de la capitale pour multiplier les coups tordus. Son nom revient entre autre dans des affaires retentissantes : le braquage de l’ambassade de Libye non loin du stade Barthelemy Boganda à Bangui, où il repart avec deux pistolets faute de cash, avant de revenir et vider l’entrepôt de l’ambassade le lendemain, emportant matériaux de construction, climatiseurs, groupe électrogène  et équipements divers. Et l’homme ne s’arrête pas là. Au marché de Bimbo, il est allé une nuit avec son équipe des braqueurs s’emparer de congélateurs. Plus grave encore, il pille l’Hôtel Ledger, un scandale évalué à des dizaines de milliards de francs CFA, et s’approprie illégalement un immeuble construit par l’ONG musulmane AMA sur l’avenue des Martyrs, non loin de l’école normale supérieure, qu’il revendique comme sien jusqu’à ce jour.

 

“C’est un voyou, un vrai”, tranche un habitant de Bangui qui a suivi ses exploits. “Il tue sans hésiter, comme un mafieux”. Cette réputation n’est pas un secret. Même sous Touadéra, Yalo reste intouchable, prospérant dans l’ombre du pouvoir. Son éventuelle nomination à la vice-présidence serait un signal clair : la Centrafrique basculerait officiellement dans les mains d’un réseau de criminels, où les institutions ne seraient plus qu’une façade pour des intérêts des mafieux “. Si Touadéra le choisit, c’est la fin”, prévient un diplomate africain. “Le pays deviendra une république de bandits”.

 

Touadéra : un président mouton

 

Ce feuilleton politique dévoile un autre problème : la fragilité de Faustin Archange Touadéra. Présenté comme un professeur de mathématiques discret et rigoureux lors de son arrivée au pouvoir en 2016, il donne aujourd’hui l’image d’un homme perdu, laissé influencé par des criminels mafieux étrangers, ballotté entre les pressions de Wagner, les ambitions de ses alliés et ses propres calculs électoraux.

 

“Il n’est pas le professeur qu’on imagine”, glisse un analyste politique centrafricain. “Il se laisse porter par ceux qui parlent fort et qui ont les moyens de le soutenir.”

 

Wagner d’un côté, Sarandji de l’autre, et maintenant Sani Yalo : Touadéra semble naviguer à vue, incapable de trancher sans risquer de faire éclater son camp. À l’approche de 2025, où il espère consolider son pouvoir grâce à un troisième mandat, cette crise autour de la vice-présidence pourrait lui coûter cher. Sarandji, en bloquant l’Assemblée et le MCU, limite ses marges de manœuvre. Ngamana, fidèle à Touadéra, attend son heure pour prendre la tête de l’hémicycle. Et les Centrafricains, eux, regardent avec méfiance un pouvoir qui s’enlise dans les luttes internes et les compromissions.

 

Vers une implosion avant 2025 ?

 

La situation est explosive. Si Touadéra cède à Wagner et nomme Hassan Bouba, il risque de perdre le soutien de son entourage et d’alimenter la colère populaire contre l’ingérence russe. S’il impose Sani Yalo, il s’expose à une révolte morale et politique, transformant la Centrafrique en caricature de république mafieuse. Et s’il persiste à vouloir placer Sarandji, il devra affronter un bras de fer qui pourrait paralyser le pays. Quant à Sarandji, son intransigeance le place en position de faiseur de roi – ou de fossoyeur du régime.

 

À Bangui, les rumeurs vont bon train. Certains parlent d’un coup de théâtre imminent, d’autres d’un arrangement financier pour calmer les esprits. Mais une chose est sûre : à moins de neuf mois des élections, le pouvoir centrafricain est plus divisé que jamais. Et dans ce jeu de chaises musicales, ce sont les Centrafricains qui risquent, une fois encore, de payer le prix fort….

 

Par Alain Nzilo

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