Centrafrique : La COSCIPAC dénonce des violences de masse dans le Haut-Mbomou devant l’ONU

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La COSCIPAC dénonce des violences de masse dans le Haut-Mbomou devant l’ONU

 

Centrafrique : La COSCIPAC dénonce des violences de masse dans le Haut-Mbomou devant l’ONU
Les pauvres jeunes centrafricains arrêtés par les mercenaires russes du groupe Wagner, appuyés par des gendarmes, policier et FACA

La Coordination des Organisations de la Société Civile pour la Paix en Centrafrique alerte l’ONU sur des crimes présumés commis contre les populations civiles dans l’est du pays.

 

La COSCIPAC a adressé un rapport détaillé au Secrétaire général des Nations Unies concernant la situation dans la préfecture du Haut-Mbomou. La plateforme indépendante de défense des droits humains décrit un contexte de violence généralisée qui frapperait depuis plusieurs mois les communautés locales, particulièrement celles d’ethnie zandé. Les faits rapportés par la COSCIPAC remontent à une période récente et concernent des opérations menées dans cette région frontalière, longtemps délaissée par les autorités centrales.

 

Depuis des années, cette partie du territoire national souffre d’un abandon administratif qui prive les habitants des services les plus élémentaires. Routes impraticables, absence d’électricité, structures sanitaires quasi inexistantes : les populations vivent dans un isolement que la COSCIPAC compare à des époques révolues. Un seul médecin peut se retrouver responsable de milliers de personnes, tandis que les écoles fonctionnent sans enseignants qualifiés ni matériel pédagogique. Cette marginalisation chronique a nourri depuis longtemps un profond sentiment d’injustice chez les habitants de ces zones reculées.

 

Le mécontentement s’est d’abord exprimé en 2008 dans les préfectures de la Vakaga et du Bamingui-Bangoran, selon les informations recueillies par la COSCIPAC, alors dirigées par le gouvernement de Faustin Archange Touadéra, qui occupait le poste de Premier ministre à l’époque. Ces revendications, d’abord sociales et économiques, se sont progressivement étendues à d’autres régions. Le Mbomou et le Haut-Mbomou sont devenus à leur tour des foyers de contestation, leurs populations réclamant des politiques de développement et de désenclavement qui ne sont jamais venues.

 

Devenu président, Touadéra s’est heurté à plusieurs reprises au refus électoral de ces régions. Lors des scrutins de 2016, 2020 et 2025, les électeurs du Haut-Mbomou et du Mbomou ont massivement rejeté sa candidature. Cette opposition politique répétée aurait, selon la COSCIPAC, déclenché une réponse violente du pouvoir central. Plutôt que d’engager un dialogue ou de répondre aux demandes de développement, les autorités auraient opté pour une approche sécuritaire destinée à punir ces territoires récalcitrants.

 

La Coordination des Organisations de la Société Civile pour la Paix en Centrafrique affirme avoir recueilli de nombreux témoignages faisant état de meurtres de civils non armés, commis sans distinction d’âge ni de sexe. Des enfants, des femmes enceintes, des personnes âgées auraient été tués lors d’opérations menées par des milices progouvernementales et des mercenaires étrangers. Ces homicides auraient été perpétrés sommairement, sans aucune procédure judiciaire, parfois au domicile même des victimes ou lors de déplacements forcés. Le nombre exact de morts reste difficile à établir, mais les récits convergent sur l’ampleur des violences.

 

Au-delà des tueries, la COSCIPAC documente des pratiques qu’elle qualifie d’extermination. Des villages entiers auraient été la cible d’attaques meurtrières entraînant des pertes massives parmi les habitants. Plus encore, la destruction des récoltes, des greniers et du bétail aurait été organisée de manière à affamer délibérément les populations. Cette privation de moyens de subsistance, combinée aux entraves à l’accès humanitaire, aurait plongé des communautés entières dans une famine artificielle, visant à briser leur résistance.

 

Des civils auraient également été capturés lors d’opérations militaires et contraints à des travaux forcés, rapporte la COSCIPAC. Femmes et enfants compris, certains auraient été réduits en servitude au profit de groupes armés liés au gouvernement ou de mercenaires identifiés comme appartenant au groupe Wagner. Ces pratiques s’accompagnent de formes d’exploitation économique et sexuelle exercées sous la menace des armes, dans un climat de terreur qui empêche toute forme de résistance ou de fuite.

 

Les déplacements forcés de population constituent un autre volet des accusations formulées par la COSCIPAC. Des milliers de civils auraient été chassés de leurs villages par la violence, contraints de fuir sans aucune garantie de sécurité ni perspective de retour. Ces mouvements de population, qui touchent particulièrement les enfants et les personnes âgées, sembleraient viser à modifier la composition démographique de certaines zones. En détruisant les structures sociales traditionnelles, ces déplacements permettraient d’asseoir un contrôle politique et militaire durable sur les territoires contestataires.

 

De nombreux civils zandé ont été victimes d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées hors de tout cadre légal, selon les informations documentées par la COSCIPAC. Arrêtées sur la base de soupçons collectifs ou de leur simple appartenance ethnique, ces personnes se retrouvent détenues dans des conditions inhumaines, sans accès à un avocat ni à leurs familles. Aucune autorité judiciaire indépendante n’intervient, et les proches qui cherchent des informations s’exposent eux-mêmes à des menaces et des représailles.

 

Les violences sexuelles occupent une place centrale dans le rapport de la COSCIPAC. Des femmes, des jeunes filles, mais aussi des hommes et des mineurs auraient subi des viols collectifs ou individuels perpétrés par des éléments armés agissant pour le compte du gouvernement ou avec sa tolérance. Ces agressions auraient été commises lors d’opérations militaires, de perquisitions, de détentions arbitraires ou pendant les déplacements forcés. Le viol serait utilisé comme arme de guerre, destiné à détruire les liens familiaux et communautaires, à instiller une peur durable et à imposer une domination sociale par la terreur.

 

Certaines femmes auraient été capturées et maintenues en captivité pour subir des actes sexuels répétés, indique la COSCIPAC. Privées de toute liberté, placées sous le contrôle total de leurs geôliers, elles auraient été réduites à l’esclavage sexuel. D’autres se seraient retrouvées contraintes de se livrer à la prostitution en échange de nourriture ou de protection, dans un contexte où la survie même dépend de cette soumission. Des grossesses forcées résulteraient de ces viols répétés, infligeant aux victimes une souffrance physique et psychologique prolongée.

 

La Coordination des Organisations de la Société Civile pour la Paix en Centrafrique mentionne également des cas présumés de stérilisation forcée, conséquences de violences sexuelles particulièrement brutales ou de traitements inhumains infligés à des femmes détenues. Ces actes, lorsqu’ils sont intentionnels, portent atteinte de manière irréversible à l’intégrité physique et à la capacité reproductive des victimes. D’autres formes de violence ont été signalées par la COSCIPAC, incluant des mutilations sexuelles et des humiliations commises en public, parfois devant des enfants, créant des traumatismes psychologiques profonds dans l’ensemble de la communauté.

 

Les populations zandé seraient ciblées en raison de leur identité ethnique et de leur opposition politique présumée au président Touadéra, constate la COSCIPAC. Leur refus électoral répété aurait été interprété par le pouvoir comme un acte d’hostilité collective justifiant des représailles. Les opérations sécuritaires menées dans le Haut-Mbomou viseraient prioritairement ces communautés, perçues comme dissidentes. Arrestations arbitraires, violences physiques, destructions de biens et restrictions de circulation auraient été utilisées comme instruments de coercition politique.

 

Cette persécution revêt également une dimension culturelle, souligne la COSCIPAC. Les modes de vie, les structures sociales traditionnelles et les pratiques culturelles zandé auraient été gravement affectés par la répression. La destruction de villages, la dispersion forcée des communautés et les atteintes aux autorités coutumières contribueraient à l’effritement du tissu identitaire de ce groupe. Des actes visant à humilier ou à nier l’identité culturelle, comme la profanation de lieux symboliques ou le mépris des coutumes locales, participeraient d’une stratégie d’effacement progressif.

 

Les disparitions forcées constituent un autre aspect particulièrement inquiétant de la situation décrite par la COSCIPAC. Des hommes, des jeunes et parfois des personnes âgées de la communauté zandé auraient été interpellés lors d’opérations militaires ou à leur domicile, puis emmenés vers des lieux inconnus sans mandat judiciaire. Aucune information n’aurait été donnée à leurs familles, et aucune autorité ne reconnaîtrait officiellement leur détention. Les proches se heurtent au silence total des administrations et s’exposent à des menaces dès qu’ils tentent d’obtenir des renseignements.

 

Cette pratique plonge les familles dans une souffrance permanente, constituant en elle-même une forme de traitement inhumain, affirme la COSCIPAC. Le refus de reconnaître la privation de liberté et de fournir des informations sur le sort des disparus nierait le droit à un recours effectif. Ces personnes se retrouveraient placées dans une vulnérabilité absolue, exclues de l’ordre juridique, dans l’incapacité de faire valoir leurs droits les plus élémentaires.

 

Au-delà des crimes spécifiquement identifiés, la COSCIPAC recense d’autres actes causant d’immenses souffrances aux populations civiles. La destruction des habitations, des écoles, des centres de santé et des infrastructures communautaires aurait plongé des milliers de personnes dans la détresse. Privées d’abri, de soins, d’éducation et de moyens de subsistance, elles vivraient dans un environnement d’insécurité permanente marqué par la faim, la maladie et la peur.

 

Les restrictions imposées à la liberté de circulation et les entraves à l’accès humanitaire aggraveraient encore cette situation, observe la COSCIPAC. Les violences répétées, les déplacements forcés, les disparitions de proches et l’exposition constante à la terreur armée auraient engendré des traumatismes psychologiques profonds. Sur le plan physique, de nombreux civils souffriraient de blessures non soignées, de handicaps permanents et d’une dégradation générale de leur état de santé.

 

La COSCIPAC estime que ces faits, pris dans leur ensemble, atteignent le seuil de gravité requis pour être qualifiés de crimes contre l’humanité au sens du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. La Coordination des Organisations de la Société Civile pour la Paix en Centrafrique considère que ces violations résultent d’une politique délibérée de répression et qu’elles engagent la responsabilité directe et indirecte du gouvernement centrafricain. Le président Touadéra, en tant que chef suprême des armées, serait au sommet de la chaîne de commandement et donc responsable de ces exactions.

 

La COSCIPAC souligne l’incapacité des autorités nationales, voire leur manque de volonté délibéré, à assurer la protection des populations placées sous leur juridiction. Les éléments recueillis par la COSCIPAC tendraient à établir l’implication directe ou indirecte des structures étatiques dans la commission, la facilitation ou la tolérance de ces crimes. Dans ces conditions, le principe de souveraineté nationale ne pourrait servir à justifier l’inaction de la communauté internationale.

 

La Coordination des Organisations de la Société Civile pour la Paix en Centrafrique appelle le Conseil de sécurité des Nations Unies à adopter en urgence une résolution contraignante autorisant des mesures exceptionnelles de protection internationale des populations civiles. Cette résolution pourrait inclure le renforcement du mandat de protection des civils, l’établissement de mécanismes internationaux indépendants d’enquête, la garantie de l’accès humanitaire et toute autre mesure nécessaire pour mettre fin aux exactions.

 

La COSCIPAC considère que toutes les conditions juridiques, morales et humanitaires sont réunies pour une intervention. Elle invoque le principe de la responsabilité de protéger, selon lequel la communauté internationale a le devoir d’agir lorsqu’un État se révèle défaillant ou complice de crimes de masse. Cette intervention ne constituerait pas une atteinte à la souveraineté mais une mesure de sauvegarde ultime de la vie humaine.

 

Le rapport de la COSCIPAC, daté du 6 février 2026, souligne l’urgence de la situation et insiste sur le fait que chaque jour d’inaction accroît le risque de pertes humaines irréparables. La Coordination des Organisations de la Société Civile pour la Paix en Centrafrique demande au Conseil de sécurité d’assumer sa responsabilité première en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales.

 

La COSCIPAC estime que la protection des populations du Haut-Mbomou et de la République Centrafricaine dans son ensemble ne peut plus attendre. Les témoignages recueillis par la COSCIPAC dessinent le tableau d’une région livrée à la violence, où les civils paient le prix le plus lourd de l’impunité et de l’indifférence. Les accusations portées par la Coordination des Organisations de la Société Civile pour la Paix en Centrafrique contre les autorités centrafricaines et leurs alliés présumés restent à vérifier par des enquêtes indépendantes, mais l’ampleur des allégations justifie, selon la COSCIPAC, une réaction urgente de la part des instances internationales.​​​​​​​​​​​​​​​​

 

Par Anselme Mbata

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