Centrafrique : les miliciens AAKG posent six conditions avant tout dialogue avec Bangui

Rédigé le 09 février 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
La milice d’autodéfense AAKG établit désormais ses exigences depuis Paris pour accepter de négocier avec le pouvoir en place à Bangui.
Dans un document signé le 4 février 2026 par « Le Centrafricain Mackpayen », responsable déclaré des Azande Ani Kpi Gbe, expose comment cette milice née en 2023 dans le Haut-Mbomou entend désormais peser sur l’avenir politique du pays. Ce texte de trois pages, adressé aux plus hautes instances nationales et internationales, détaille l’histoire récente d’un mouvement qui prétend combler les vides laissés par l’État dans le sud-est de la République centrafricaine.
Tout commence par un constat amer. Selon les AAKG, l’insécurité permanente qui frappe leur région résulte d’une triple faillite : celle de la justice sociale, celle des institutions et celle de la présence même de l’État. Dans ce contexte, explique le document, des habitants excédés auraient créé ces groupes d’autodéfense pour riposter aux exactions de braconniers, des combattants de la LRA de Joseph Kony et des éléments de l’Unité pour la Paix en Centrafrique dirigée par Ali Ndarassa Mahamat.
Le gouvernement centrafricain avait d’abord tendu la main. En mars 2024, Bangui décide d’incorporer deux cents combattants Azande dans les Forces Armées Centrafricaines après une formation sommaire à Obo, alors qu’environ cinq mille autres continuaient leurs activités d’autodéfense. Ces jeunes deviennent officiellement soldats le 1er mai 2024 et servent loyalement dans plusieurs localités : Paoua, Sam-Ouandja, Yalinga, Batangafo, Nana-Bakassa, Bozoum, Bouar, Bossangoua, Sido-RCA et Rafaï, ainsi que partout dans le Haut-Mbomou. Mais une ombre plane sur cet arrangement : aucune rémunération digne et régulière ne leur parvient, contrairement aux engagements pris par l’État.
La rupture intervient brutalement. Les mercenaires russes du groupe Wagner, que la milice AAKG accuse d’avoir pris le commandement effectif de l’armée nationale, commencent à malmener les éléments AAKG à Paoua, réclamant leur nourriture. S’ensuivent des arrestations arbitraires visant non seulement les leaders du mouvement mais aussi des civils d’ethnie Azande, des mauvais traitements infligés aux membres des AAKG, et une stigmatisation ethnique malveillante de l’ensemble de la communauté Azande attribuée à certains éléments et responsables des FACA. Ces actes brisent profondément la confiance entre les parties.
L’épisode décisif survient le 30 avril 2025, lorsque les mercenaires russes Wagner tentent de désarmer de force les AAKG à Zemio, déclenchant un affrontement ouvert dont la responsabilité, selon le document, incombe au gouvernement centrafricain. Quatre mille huit cents combattants restent depuis dans l’attente, tandis que la coordination des AAKG travaille dans le sens de la paix, de la stabilité et de la cohésion sociale, affirme le texte. Pourtant, les promesses gouvernementales concernant la prise en charge des combattants n’ont toujours pas été honorées.
C’est dans ce climat tendu que la coordination des AAKG formule ses six préalables indispensables à toute participation au dialogue. Premier point : le retrait immédiat des mercenaires russes Wagner de la région du Sud-Est, en particulier du Mbomou et du Haut-Mbomou. Deuxième exigence : l’échange des prisonniers, incluant les personnes détenues injustement dans les prisons de Bangui et les otages détenus par les AAKG. Troisième condition : la clarification officielle du gouvernement sur la disparition des soldats de 2e classe Bakoyogo Célestin Lemane et Gouengue Elie à la SRI à Bangui, avec deux options : s’ils sont vivants, qu’ils soient présentés officiellement ; s’ils sont décédés, que leurs dépouilles soient restituées à leurs familles.
Les trois dernières conditions portent sur des aspects financiers et juridiques. La coordination réclame la rémunération des combattants AAKG incorporés ainsi que la clarification de leur statut au sein de l’armée nationale. Elle demande également la prise en charge des combattants AAKG non encore incorporés dans les forces armées centrafricaines. Enfin, sixième et dernière exigence : la cessation immédiate des hostilités, des chasses à l’homme, des arrestations arbitraires et de toute forme de persécution visant la communauté Azande en Centrafrique.
Dans sa position finale, la coordination des AAKG se déclare ouverte à la négociation et au dialogue, dans l’intérêt supérieur de la paix, de la sécurité et de la cohésion nationale, à condition que les préalables indiqués soient effectivement respectés ou formellement pris en compte par le gouvernement centrafricain. Le document, signé à Paris et amplifié vers la présidence de la République, la primature, l’Assemblée nationale, le représentant des Nations Unies, le chef de base de la MINUSCA à Obo, le gouverneur de la région Sud-Est et les représentations diplomatiques en RCA, porte le numéro de téléphone du signataire : +33630062090.
Par Anselme Mbata
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