Arrêté à l’entrée de la ville d’Obo, un cultivateur a failli être pris à partie par les forces de l’ordre qui, de passage en menaces, ont lancé un ultimatum d’épuration ethnique des Zandés d’Obo

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Arrêté à l’entrée de la ville d’Obo, un cultivateur a failli être pris à partie par les forces de l’ordre qui, de passage en menaces, ont lancé un ultimatum d’épuration ethnique des Zandés d’Obo

 

Centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/11/l-un-des-checkpoints-des-soldats-faca-dans-le-haut-mbomou-photo-cnc.jpg” data-wpel-link=”internal”>Arrêté à l’entrée de la ville d’Obo, un cultivateur a failli être pris à partie par les forces de l’ordre qui, de passage en menaces, ont lancé un ultimatum d’épuration ethnique des Zandés d’Obo
Image d’illustration d’un des checkpoints des soldats FACA dans le Haut-Mbomou. Photo CNC

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Les habitants d’Obo découvrent chaque jour l’ampleur de la dérive sécuritaire des éléments de forces de désordre dans leur ville. Samedi dernier, un cultivateur a échappé de justesse à une agression pour avoir simplement transporté un poulet qu’il avait acheté au cours de route.

 

Le samedi dernier, aux environs de 5 heures du matin, Jean était parti dans son champ situé à 19 kilomètres d’Obo sur l’axe de Bambouti. Vers 13 heures, il a décidé de rentrer à la maison. Mais au moment de retour,  il avait acheté un coq pour 3500 francs CFA, avec un objectif de le revendre à 5000 francs pour gagner quelques pièces et subvenir aux besoins de sa famille.

 

Vers 14 heures, il atteint l’entrée de la ville d’Obo. C’est là qu’il tombe sur le checkpoint des forces de l’ordre tenu par trois agents des forces mixtes. Le premier, un soldat des forces armées centrafricaines connu sous le surnom de « 1000 francs » en raison de ses pratiques de racket. Ce soldat  remarque immédiatement le coq que transporte le cultivateur.

 

Le militaire s’approche et demande au cultivateur s’il vend le coq. Le cultivateur répond poliment  oui. Le militaire demande à combien ? Le cultivateur répond 5000 francs CFA. Un policier, de forte corpulence qui assis au côté du militaire, intervient aussitôt dans la conversation.

 

Le policier trouve le prix du poulet trop cher et interroge le cultivateur pourquoi il le vend trop cher ?. L’homme explique calmement qu’il a lui-même acheté à l’origine à 3500 francs CFA, et qu’il souhaite simplement lui aussi tirer un petit bénéfice de 1500. La réponse du cultivateur, pourtant simple et compréhensible, va déclencher une réaction totalement criminelle et pathétique.

 

Au côté du policier et du soldat FACA, se trouve un gendarme. Un adjudant-chef, car les autres l’appellent AC. Ce gendarme entre alors en scène . C’est lui qui va monopoliser la parole et transformer cette banal discussion en véritable séance d’intimidation ethnique. Son ton change radicalement et ses premiers mots glacent l’atmosphère.

 

« Vous, les Zandé, vous faites comme si vous êtes des demi-dieu ici à Obo » lance-t-il au cultivateur qui ne comprend rien du tout dans cette agressivité verbale. Franchement, l’homme ne comprend pas ce qu’on lui reproche, ni pourquoi son appartenance ethnique devient soudainement le sujet central de cet échange. Mais le gendarme ne compte pas en rester là, bien au contraire, il s’enflamme dans son délire.

 

Il enchaîne avec une série d’accusations virulentes. Selon lui, les Zandé sont devenus ce dernier temps très arrogants. Pour le gendarme, la ville d’Obo n’appartient même pas aux Zandé, et ils  se permettent de faire la  tête aux autre. De plus, le gendarme enfonce le clou en disant que les Zandé se croient supérieurs à tout le monde. , et cette attitude ne saurait être tolérée plus longtemps. Le cultivateur tente de garder son calme et demande au gendarme s’il a commis une faute quelconque, ou alors qu’il a déjà un souci avec lui.

 

Le gendarme ignore totalement cette question du cultivateur et poursuit son délire haineux. « Toi, tu fais ton truc là, je vais t’attraper un jour, tu vas voir. Tu es malade ou quoi ? » Le gendarme s’approche davantage, rendant la menace encore plus palpable. Le cultivateur recule instinctivement, cherchant à comprendre l’origine de cette hostilité soudaine.

 

Mais le gendarme n’a pas terminé. Ses propos prennent désormais une dimension collective et annoncent clairement un projet d’épuration ethnique. « On va voir avec vous les Zandé, on va vous éliminer tous ici. Vous croyez qu’Obo c’est votre ville ? » Ces mots résonnent comme un verdict sans appel dans l’esprit du cultivateur qui commence à mesurer le danger réel de sa situation.

 

Le gendarme poursuit en revendiquant la propriété ancestrale du territoire du Haut-Mbomou. « C’est notre terre ancestrale. On va vous chasser tous ici à Obo. D’ailleurs, on va totalement brûler Obo. » Cette promesse d’incendie généralisé n’est pas formulée comme une simple menace en l’air, mais comme un programme de génocide à venir. Le policier de forte corpulence n’est pas resté silencieux. Il attaque verbalement le cultivateur. Le soldat FACA, surnommé 1000 francs, lui aussi, apporte son lot des propos incendiaires contre les Zandé dans la discussion.

 

Les trois complices de forces du désordre développent même une vision à long terme de ce projet génocidaire. « Tôt ou tard, dans 10 ans, 15 ans, 20 ans, on va vous chasser tous ici. Obo va devenir juste un vaste territoire herbeux avec des herbes. Il n’y a plus personne ici ». Ce projet d’un Obo vidé de ses habitants Zandé , réduit à une étendue sauvage, traduit une volonté d’épuration ethnique d’une communauté entière.

 

Le cultivateur essaie une nouvelle fois de désamorcer la tension. Il demande humblement s’il existe un différend entre eux, quelque chose qu’il aurait fait sans le savoir. Mais cette tentative d’apaisement ne fait qu’attiser la colère de ces éléments de force de désordre qui y voient probablement une forme d’insolence supplémentaire.

 

« Vous faites comme si vous êtes Dieu ici, vous faites la tête à chaque fois. On vous dit des choses, vraiment ça m’énerve », crache le gendarme. Puis, pointant son doigt vers le visage du cultivateur : « Toi, quand tu me regardes, il faut fuir. D’abord, je vais voir avec toi, je vais te tuer, tu vas voir ». Cette promesse d’assassinat est proférée sans la moindre retenue, en plein jour, à un point d’entrée de la ville.

 

Le policier de forte corpulence décide alors de s’associer pleinement au projet génocidaire. Il renforce les propos de son collègue gendarme en ajoutant sa propre couche d’insultes et de menaces. « On va tuer tous les Zandé. Ce n’est pas votre sort. Vous êtes des canards, vous êtes des bêtes », déclare-t-il, déshumanisant ainsi l’ensemble d’une ethnie.

 

Les trois hommes annoncent ensuite l’instauration d’un système de taxation spécifique visant les Zandé. Tout ce qu’ils transporteront sera désormais soumis à prélèvement  douanier : poulets, manioc, sel, et n’importe quelle autre marchandise. Cette mesure discriminatoire vise clairement à appauvrir la communauté et à rendre sa vie quotidienne insupportable.

 

Le gendarme conclut cette séance d’humiliation par un avertissement personnel au cultivateur. « De toute façon, quand tu me vois, il faut chercher à fuir. Je vais t’attraper un jour, même chez toi. Je vais te tuer, tu vas voir. » Cette menace de s’introduire au domicile de sa victime pour l’assassiner marque le paroxysme de cette escalade verbale. Elle transforme une simple vente de poulet en sentence de mort différée.

 

Le cultivateur, surpris, finit par partir avec son poulet à la main. Mais il emporte surtout avec lui le traumatisme de cet discussion et une question: pourquoi les Zandé sont-ils devenus des cibles à ce point ? Quel crime ont-ils commis pour mériter un tel traitement de la part de ceux censés assurer leur sécurité ?

 

Cet incident du 31 janvier n’est malheureusement pas nouveau. Il s’inscrit dans une série d’événements qui montre une dérive dangereuse des forces de désordre à Obo.

 

Rappelons que quelques semaines auparavant, le commandant de la compagnie de gendarmerie d’Obo avait déjà tenu des propos similaires sur WhatsApp, promettant publiquement d’éliminer toutes les races Zandé.

 

Ces déclarations n’étaient pas restées lettre morte. Dans les jours qui avaient suivi, des opérations de ratissage avaient été menées dans les sites de déplacés de Ngouli, situé à 4 kilomètres d’Obo. Des habitations avaient été incendiées et des personnes arbitrairement arrêtées, uniquement sur la base de leur appartenance ethnique. Le chef adjoint du site avait été kidnappé et tué par les force de l’ordre. Son cadavre avait été retrouvé par les élèves de l’école bon CEMAC le lendemain.

 

La présence croissante des Mercenaires russes Wagner dans la région semble avoir donné un sentiment d’impunité à certains éléments des forces de désordre centrafricaines. Ces derniers se comportent comme s’ils bénéficiaient d’une protection absolue et peuvent se permettre tous les excès contre la population civile. Ils considèrent désormais Obo comme leur territoire exclusif, qu’ils partagent uniquement avec leurs alliés russes.

 

Par Éric Nzapa

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