« Vous devez être fatigués de parler de ça » : quand Fidèle Gouandjika se moque de la souffrance des Banguissois qui manquent de l’eau et d’électricité

0
51

« Vous devez être fatigués de parler de ça » : quand Fidèle Gouandjika se moque de la souffrance des Banguissois qui manquent de l’eau et d’électricité

 

 

Centrafrique.org/wp-content/uploads/2023/04/Fidele-Gouandjika-haut-cadre-de-KNK-reconverti-en-MCU-apres-la-chute-de-Bozize.jpg” data-wpel-link=”internal”>« Vous devez être fatigués de parler de ça » : quand Fidèle Gouandjika se moque de la souffrance des Banguissois qui manquent de l’eau et d’électricité
Fidele Gouandjika, haut cadre de KNK reconverti en MCU apres la chute de Bozize

Rédigé le .

Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Sur le plateau de Patara de la radio Ndèkè-Luka, le ministre conseiller du président Touadéra Fidèle Gouandjika reproche aux journalistes de rabâcher le même sujet depuis quinze ans.

 

Fidèle Gouandjika ne cache pas son agacement. Quand l’animateur Armando Yanguendji évoque les files interminables pour l’eau et les coupures d’électricité à Bangui, le ministre conseiller spécial du président attaque directement les journalistes. C’est chaque année que vous faites des pataras sur cette histoire, lance-t-il avec mépris.

 

Il poursuit sur le même ton. Vous parlez de ce problème récurrent depuis Bokassa, depuis Dacko, affirme-t-il. Puis vient la phrase qui sidère : vous devez être fatigués de le faire. Comme si la répétition du sujet dans les médias était plus gênante que la misère quotidienne de milliers de Banguissois.

 

Fidèle Gouandjika va plus loin dans sa diatribe. Il rappelle qu’il y a des spécialistes dans chaque domaine à la radio. Des journalistes juridiques, économiques, des journalistes qui parlent des routes et des structures. Depuis plus de quinze ans que vous faites des émissions chaque fois sur la même chose, insiste-t-il, vous devriez avoir trouvé des solutions.

 

Le message est clair : le pouvoir renvoie la balle aux médias. Plutôt que de répondre sur les promesses non tenues, sur les cinq mille châteaux d’eau jamais construits, sur les hôpitaux qui renvoient des enfants faute d’eau, Gouandjika préfère accuser ceux qui posent les questions. Une stratégie qui laisse pantois.

 

Il tente ensuite de minimiser la gravité de la situation. Le Centrafricain ne meurt pas de soif, déclare-t-il sans sourciller. Il y a de l’eau, ajoute-t-il, mais c’est Sodéka, société d’État, qui a des problèmes pour la fourniture à grande échelle. Comme si rejeter la faute sur une entreprise publique que son gouvernement dirige depuis dix-sept ans changeait quoi que ce soit.

 

La suite est encore plus étonnante. Fidèle Gouandjika explique que le problème est saisonnier. Pendant la saison des pluies, ces problèmes de fourniture d’eau potable et d’électricité n’existent pas, affirme-t-il. C’est la saison sèche dans le monde entier, conclut-il, comme si cette explication météorologique justifiait l’incapacité du régime à fournir un service de base.

 

Il lance même un défi aux journalistes. Je voudrais que vous organisiez un patara pendant la saison de pluie sur le problème d’eau, propose-t-il. Une manière de suggérer que tout va bien six mois par an et que les médias exagèrent le reste du temps.

 

Pourtant les témoignages recueillis dans les quartiers racontent une autre réalité. À Nzangoya, les femmes et les enfants font la queue dès six heures du matin. À Damala, les fontaines sont à sec depuis plus de cinq ans. À Fatima, plus une goutte de la SODECA depuis 2004. Dans les quatrième, septième et huitième arrondissements, l’eau coule deux ou trois minutes par jour.

 

Raymond Adouma de l’opposition réagit vivement. Il rappelle que le gouvernement avait promis cinq mille châteaux d’eau. Il y en a un seul à Bimbo et même pas terminé, rétorque-t-il. Qu’est-ce que vous avez fait concrètement, demande-t-il à Gouandjika. La réponse ne vient pas.

 

Quentin Gbouando de la société civile enfonce le clou. Si l’État avait développé une politique décente, on ne serait pas là chaque année à en parler sur le plateau. Il demande au gouvernement de prendre des mesures sérieuses au lieu de blâmer ceux qui dénoncent la situation.

 

Gouandjika, lui, préfère parler d’avenir lointain. On pourra d’ici dix ou quinze ans construire une centrale nucléaire, promet-il. L’uranium, le pétrole, le gaz vont tout résoudre. En attendant, les Banguissois peuvent continuer à se lever à trois heures du matin avec leurs bidons.

 

L’animateur Armando Yanguendji note que les responsables indiqués ont fui pour venir sur ce plateau parce qu’ils n’ont rien fait de bien. Mais Gouandjika reste campé sur sa position. Pour lui, l’élection a été transparente, inclusive, démocratique. Le président a battu tous les autres à plate couture avec 77,90 %.

 

Les faits parlent d’eux-mêmes. Le taux de pauvreté atteint 68 %. L’espérance de vie est passée de soixante ans avant 2016 à cinquante-trois ans aujourd’hui. Les hôpitaux manquent d’eau. Les écoles ferment. Les commerces s’arrêtent. Mais pour le ministre conseiller, tout cela n’est qu’un problème saisonnier dont les journalistes devraient arrêter de parler.

 

Dans les rues de Bangui, les bidons continuent de s’accumuler devant les fontaines. Les enfants portent des jerricanes trop lourds. Les femmes enceintes attendent debout pendant des heures. Au palais, on valide un troisième mandat contesté et on parle de centrales nucléaires pour 2040. Les journalistes de Patara, eux, continueront probablement de faire des émissions sur l’eau et l’électricité l’année prochaine. Parce que rien ne change​​​​​​​​​​​​​​​​

 

Par Gisèle MOLOMA

Rejoignez notre communauté

Chaine officielle du CNC

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC