Crédit Populaire de Centrafrique : le groupe canadien présenté aux clients pour la reprise de l’établissement est lui-même en faillite

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Trois mois après l’échéance annoncée pour le versement des premiers fonds destinés à relancer le Crédit Populaire de Centrafrique, les clients attendent toujours. L’établissement, confronté depuis plusieurs années à de graves difficultés de liquidité, leur avait annoncé une reprise grâce à l’arrivée du groupe canadien JD Euroway. Une note officielle datée du 7 mai 2026 annonçait notamment une garantie financière d’un million de dollars américains et une reprise progressive des activités à partir du 1er juillet. En septembre, les retraits restent difficiles et les informations disponibles au Canada montrent que les principales structures de JD Euroway citées dans cette opération ont elles-mêmes fait l’objet de procédures de faillite devant la Cour supérieure du Québec.

 

Des dépôts devenus difficiles à récupérer

 

Pour les clients du CPCA, la crise ne se résume plus à un simple retard dans le traitement des opérations. Depuis plusieurs années, certains déposants rencontrent des difficultés pour récupérer leur propre argent.

 

Crédit Populaire de Centrafrique : le groupe canadien présenté aux clients pour la reprise de l’établissement est lui-même en faillite
Le logo du crédit populaire de Centrafrique

 

Des clients disposent de plusieurs millions de francs CFA sur leurs comptes, mais ne parviennent pas à effectuer les retraits correspondant à leurs besoins. Lorsque des fonds sont disponibles, les retraits peuvent être limités à de petites sommes, parfois 5 000 ou 10 000 francs CFA.

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Cette situation a déjà conduit des clients à engager des procédures judiciaires contre l’établissement. Dans le cadre de ces démarches, la direction du CPCA avait expliqué que l’arrivée d’un nouvel investisseur devait permettre de rétablir progressivement la situation.

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Le nom communiqué aux clients était celui de JD Euroway, présenté comme le groupe appelé à reprendre l’établissement et à mobiliser les ressources nécessaires à sa relance.

 

Cette annonce avait donc donné aux déposants une perspective de sortie de crise. Les premiers fonds devaient permettre de remettre les opérations en marche et de commencer à répondre aux demandes des clients.

 

Trois mois après la date annoncée pour le démarrage de cette nouvelle phase, les clients attendent toujours une amélioration concrète de leurs conditions de retrait.

 

Un million de dollars annoncés pour relancer le CPCA

 

Le document officiel transmis par le Crédit Populaire de Centrafrique constitue l’un des principaux éléments de cette affaire.

 

Datée du 7 mai 2026 et établie à Wilmington, aux États-Unis, la note est intitulée « Relance progressive des activités du CPCA et mise en place des garanties financières ».

 

Le document affirme que le Groupe JD Euroway avait été confronté à plusieurs situations juridiques ayant retardé la reprise des activités du CPCA. Il affirme aussi qu’une nouvelle organisation du groupe devait permettre de relancer progressivement l’établissement.

 

Surtout, la note annonce la mise en place d’une garantie financière confirmée équivalente à 1 million de dollars américains.

 

Sur cette somme, 400 000 dollars devaient être affectés à la régularisation des passifs existants, à l’acquisition de nouveaux locaux ainsi qu’à l’installation de nouveaux systèmes opérationnels et informatiques.

 

Le calendrier annoncé était précis. Une reprise minimale des activités devait commencer le 1er juillet 2026. Une relance à grande échelle auprès du public était ensuite prévue au deuxième trimestre 2026, avec une communication coordonnée avec les autorités de régulation compétentes.

 

Ce calendrier comporte une incohérence de dates dans le document lui-même, puisque le deuxième trimestre 2026 précède la reprise minimale annoncée pour juillet 2026.

 

Pour les clients, l’élément essentiel restait l’arrivée effective des fonds. Ils attendaient que les sommes annoncées permettent au CPCA de retrouver suffisamment de liquidités pour reprendre normalement ses opérations.

 

Or, trois mois après le mois de juillet, la situation des déposants ne correspond pas à la reprise annoncée.

 

JD Euroway déjà placé sous procédure de faillite au Québec

 

C’est à ce niveau que les vérifications effectuées par le CNC font apparaître un élément déterminant.

 

Le 12 août 2024, la Chambre commerciale de la Cour supérieure du Québec a rendu une ordonnance de faillite contre JD Euroway Capital Partners LLC.

 

KPMG Inc. a été nommé syndic de l’actif. Le cabinet canadien a publié les documents relatifs à cette procédure sur son site officiel.

 

Cette procédure est antérieure de près de deux ans à la note officielle du CPCA datée de mai 2026.

 

Le dossier judiciaire canadien indique notamment qu’une créancière avait engagé la procédure après avoir affirmé avoir transféré des fonds à JD Euroway Capital et ne pas avoir obtenu leur remboursement malgré plusieurs demandes.

 

Le rapport du syndic établit également des liens entre JD Euroway Capital et d’autres structures appartenant au même environnement d’affaires.

 

La situation ne s’arrête pas à cette première procédure.

 

Une deuxième société de JD Euroway déclarée en faillite

 

Le 28 mai 2025, la Cour supérieure du Québec a également rendu une ordonnance de faillite contre JD Euroway Bancorp & Trust.

 

KPMG Inc. a de nouveau été nommé syndic de l’actif.

 

Le dossier concerne une entité constituée dans l’État du Delaware, aux États-Unis, mais dont le dernier établissement d’affaires indiqué dans les documents de la procédure se trouvait à Montréal.

 

L’avis de faillite publié par KPMG confirme la procédure et la tenue d’une assemblée des créanciers en juin 2025.

 

Le rapport préliminaire du syndic apporte une autre information importante. KPMG indique ne pas avoir reçu certains documents financiers, livres et registres de l’entreprise malgré les demandes adressées dans le cadre de la procédure.

 

Le syndic précise par conséquent que certaines informations contenues dans son rapport pouvaient être incomplètes et reposer notamment sur les éléments présentés dans la requête déposée devant la Cour supérieure du Québec.

 

Ces documents judiciaires ne permettent donc pas de présenter JD Euroway Capital Partners LLC et JD Euroway Bancorp & Trust comme deux structures financières ordinaires actuellement en activité et disposant librement de leurs actifs.

 

Une contradiction qui appelle des explications

 

La difficulté apparaît clairement lorsque l’on rapproche les deux séries de documents.

 

En mai 2026, le document officiel présenté au nom du CPCA annonce une garantie financière d’un million de dollars devant permettre la relance de l’établissement sous l’impulsion du Groupe JD Euroway.

 

Au Canada, les documents judiciaires disponibles établissent que JD Euroway Capital Partners LLC avait déjà été déclaré en faillite en août 2024 et que JD Euroway Bancorp & Trust avait fait l’objet d’une ordonnance de faillite en mai 2025.

 

La question porte donc désormais sur l’identité exacte de la structure qui devait apporter les fonds annoncés au CPCA.

 

La note du 7 mai 2026 ne précise pas quelle entité juridiquement active devait transférer le million de dollars. Elle ne fournit pas non plus, dans le document communiqué, la référence d’un compte séquestre, d’une banque correspondante ou d’un mécanisme financier permettant de vérifier la disponibilité immédiate de cette garantie.

 

Elle mentionne plusieurs partenaires, dont Ecobank, le Conseil Africain pour le Développement, Socatel et la Poste centrafricaine.

 

Le document attribue à chacun un rôle dans la future relance du CPCA. Il ne permet pas, à lui seul, d’établir qu’une de ces institutions a effectivement transféré les fonds annoncés ou garanti leur disponibilité.

 

Cette différence entre les engagements annoncés et les éléments vérifiables dans les procédures canadiennes place aujourd’hui les clients dans une situation particulièrement préoccupante.

 

Des clients qui attendent toujours leur argent

 

Pendant que ces annonces et ces procédures se succèdent, les déposants restent confrontés au même problème : accéder à leur argent.

 

Pour un client qui dispose de plusieurs millions de francs CFA sur son compte, l’enjeu n’est pas de savoir si le CPCA pourra ouvrir de nouveaux bureaux ou installer un nouveau système informatique. Il est d’abord de pouvoir disposer des fonds qu’il a déposés.

 

Certains clients ont besoin de leur épargne pour financer une activité commerciale, payer des fournisseurs, prendre en charge des dépenses familiales ou honorer leurs propres engagements.

 

Lorsque l’établissement ne peut pas répondre normalement aux demandes de retrait, la confiance entre le déposant et l’institution financière se trouve directement affectée.

 

Le problème devient encore plus important lorsque les difficultés concernent un grand nombre de déposants et se prolongent dans le temps.

 

La question n’est donc plus seulement celle de la reprise commerciale du CPCA. Elle concerne aussi la capacité réelle de l’établissement à honorer ses engagements envers ses clients et la manière dont les autorités de supervision suivent cette situation.

 

Le portefeuille de crédits au cœur du problème

 

La situation du CPCA pose également la question de la gestion de ses crédits.

 

Une institution de microfinance fonctionne notamment avec les dépôts collectés auprès de ses clients et les crédits accordés à des emprunteurs. Lorsque les remboursements ne suivent pas, les ressources disponibles pour faire face aux demandes de retrait diminuent.

 

Dans un établissement confronté à des difficultés de liquidité, le recouvrement des crédits devient donc un élément essentiel du redressement.

 

Les clients s’interrogent précisément sur ce point. Ils veulent connaître le montant des crédits encore dus au CPCA, le niveau des remboursements effectivement réalisés et les mesures prises pour récupérer les sommes prêtées.

 

Ils veulent aussi savoir comment sont traités les dossiers des emprunteurs qui ne respectent pas leurs engagements.

 

La réglementation de la COBAC encadre les établissements de microfinance et prévoit des règles prudentielles destinées notamment à préserver leur stabilité financière. Elle prévoit également des procédures spécifiques lorsque les difficultés d’un établissement deviennent suffisamment importantes pour nécessiter une intervention particulière.

 

Dans le cas du CPCA, ces éléments prennent une importance particulière alors que des déposants disent ne toujours pas pouvoir récupérer normalement leurs fonds.

 

Une situation qui nécessite des réponses précises

 

La relance annoncée du Crédit Populaire de Centrafrique devait apporter une réponse à une crise qui dure depuis plusieurs années.

 

Le document officiel du 7 mai 2026 annonçait une garantie financière d’un million de dollars et une reprise progressive à partir de juillet. Trois mois après cette échéance, les difficultés des clients restent présentes.

 

Dans le même temps, les documents judiciaires canadiens consultés par le CNC établissent que JD Euroway Capital Partners LLC et JD Euroway Bancorp & Trust ont fait l’objet de procédures de faillite au Québec.

 

Cette situation impose désormais de clarifier plusieurs points : quelle société devait réellement financer la relance du CPCA, où se trouvent les fonds annoncés, quel montant a effectivement été transféré et quelles garanties existent aujourd’hui pour les déposants ?

 

Il reste également à déterminer quel est le niveau réel des actifs du CPCA, combien l’établissement doit à ses clients, quelle part de son portefeuille de crédits peut encore être recouvrée et quelles mesures ont été prises pour récupérer ces créances.

 

Pour les déposants, ces réponses ne relèvent plus d’une simple communication sur la prochaine reprise des activités. Elles conditionnent directement leur capacité à récupérer leur argent. Actions disponibles

 

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Fiche auteur : Alain NziloFonction Fondateur et directeur de publication de Corbeau News Centrafrique Journaliste d’investigationIdentité Journaliste centrafricain, né à Bangui. Créateur du groupe média Corbeau News Centrafrique, lancé en 2014.Formation Master en management des médias, École supérieure d’Action et de recherche commerciale, France Maîtrise en communication et médias, Université de Sherbrooke, Québec, Canada Doctorat en administration des affaires, option communication et médias, Université du Québec à Trois-Rivières, CanadaSpécialités Enquêtes d’investigation Analyses politiques africaines Crises sécuritaires en Centrafrique Politiques économiques africainesDescription Alain Nzilo est un journaliste spécialisé dans l’investigation et l’analyse politique. Son média, Corbeau News Centrafrique, est reconnu pour ses enquêtes sur les crises sécuritaires et les enjeux politiques du pays. Il est régulièrement cité par des institutions internationales comme source indépendante.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine Téléphone : +236 75 72 18 21 Email : alainnzilo@gmail.com