Dialogue inclusif : quand le pouvoir ferme la porte à la paix politique

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Dialogue inclusif : quand le pouvoir ferme la porte à la paix politique

 

Dialogue inclusif : quand le pouvoir ferme la porte à la paix politique
Faustin Archange Touadera souriant, portant un costume sombre et une écharpe orange du parti KNK fondé par l’ancien Président François Bozizé.

 

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.

 La crise politique ne cesse de s’envenimer en Centrafrique, et au cœur de cette tempête se trouve une revendication qui revient comme un leitmotiv dans les colonnes de la presse et les discours de l’opposition : la nécessité d’un dialogue inclusif. Pourtant, face à cette exigence portée par des figures comme François Bozizé et le bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), le régime de Faustin-Archange Touadéra semble opter pour une fin de non-recevoir. Une posture qui, loin de décrisper le climat délétère, risque de précipiter le pays dans une nouvelle spirale de tensions, à l’approche des élections prévues pour décembre 2025.

 

Une opposition unie par le Dialogue inclusif, un pouvoir divisé par le refus

 

Dans son édition du 21 février 2025, Le Citoyen Nº8179 dévoile les divisions profondes qui fracturent la classe politique centrafricaine. D’un côté, l’opposition, emmenée par le BRDC, et  l’ancien président François Bozizé du côté des groupes armés , martèle un message clair : « Pas de dialogue inclusif, pas d’élections », une déclaration rapportée dans le magazine panafricain La Cible. Pour Bozizé et le BRDC, ce Dialogue inclusif est la condition sine qua non pour garantir des élections libres et transparentes, un préalable à toute tentative de stabilisation durable. L’opposition dénonce une nouvelle Constitution, promulguée en août 2023, qu’elle qualifie de « taillée sur mesure » pour permettre à Touadéra de s’éterniser au pouvoir, une critique relayée avec force dans le même numéro du Citoyen.

 

Ce texte constitutionnel, perçu comme une « dénégation de la démocratie » par ses détracteurs, cristallise les griefs. Selon eux, il consacre des dispositions discriminatoires et verrouille le jeu politique au profit de la majorité. Le BRDC, qui avait déjà boycotté le dialogue républicain organisé par le pouvoir, voit dans cette impasse une confirmation de ses craintes : un régime qui préfère les « subterfuges » à une gouvernance ouverte. « Il n’y a pas de démocratie sans Dialogue inclusif permanent », souligne un passage du journal, une maxime qui résonne comme un reproche cinglant à l’attitude du gouvernement.

 

De l’autre côté, les alliés de Touadéra rejettent ces appels au Dialogue inclusif  avec une fermeté qui frise le dédain. Pour eux, le débat est clos depuis le dialogue républicain, une initiative que l’opposition avait snobée, la jugeant biaisée et insuffisante. Les sceptiques au sein de la majorité, décrits dans Le Citoyen comme refusant de voir l’intérêt d’un nouveau round de discussions, estiment que l’opposition cherche simplement à retarder l’inéluctable : une nouvelle victoire électorale du président sortant. Cette rhétorique, qui mise sur des « élections au forceps », semble ignorer les mises en garde de Bozizé, qui prévient que « les mêmes causes produiront à terme les mêmes effets » – une allusion à peine voilée aux cycles de violence qui ont jalonné l’histoire récente du pays.

 

Une paix politique sacrifiée sur l’autel du pouvoir ?

 

Le refus du dialogue inclusif par le pouvoir n’est pas qu’une querelle de forme ; il reflète une stratégie plus profonde, celle d’un repli sur soi que Le Citoyen qualifie de « stratégie que se donne le pouvoir », mais qui, loin d’être une solution, ne fait que repousser les tensions. Bozizé, dans ses déclarations rapportées par le journal, appelle Touadéra à « rétablir la paix et obtenir un consensus de toutes les sensibilités politiques » autour des élections à venir. Une évolution notable pour un homme qui, par le passé, avait lui-même rejeté le Dialogue inclusif  avec ses opposants lorsqu’il était au pouvoir – une ironie que le texte ne manque pas de souligner avec une pointe de sarcasme : « Cela n’arrive pas qu’aux autres, sagesse. »

 

Pourtant, cette main tendue reste sans réponse. Le pouvoir, conforté par ses soutiens militaires : les mercenaires russes du groupe Wagner  et les forces rwandaises, semble privilégier une logique de force à celle de la concertation. Une approche qui contraste avec les appels de l’opposition à réunir « autour d’une table toutes les tendances politiques, y compris les groupes rebelles », une proposition qui, bien que ambitieuse, pourrait désamorcer les velléités de violence dans un pays où les groupes armés ont « toujours l’arme au pied », comme le note Le Citoyen.

 

Les risques d’une impasse électorale

 

L’entêtement du régime à organiser des élections sans Dialogue inclusif  préalables fait craindre le pire. François Bozizé, dans ses propos rapportés, met en garde contre une « grave crise » si le pouvoir persiste à dicter seul les règles du jeu. Cette crainte est partagée par une partie de la classe politique, qui voit dans l’absence de dialogue un terreau fertile pour une rechute dans le chaos. Le journal rappelle que le pays est déjà divisé entre « les partisans du Dialogue inclusif» dans le camp de l’opposition et « les sceptiques » au pouvoir, une polarisation qui ne présage rien de bon à dix mois d’un scrutin.

 

L’histoire récente de la Centrafrique offre un miroir inquiétant : les élections contestées de 2010  – 2011 avaient plongé le pays dans une guerre civile sanglante, marquée par l’émergence de la coalition Séléka et des milices anti-balaka. Aujourd’hui, alors que le gouvernement mise sur des initiatives économiques comme le lancement du « Mémé-Coin » pour redorer son image, l’opposition argue que sans une décrispation politique, ces efforts resteront vains. « Le dialogue est ce qu’il y a de mieux afin de faire table rase des sujets qui fâchent », insiste Le Citoyen, reprenant les mots de Bozizé.

 

Un appel à la communauté internationale

 

Face à cette impasse, l’opposition ne se contente pas de critiques internes. Elle en appelle à la communauté internationale pour faire pression sur Touadéra et imposer un cadre de Dialogue inclusif. Une telle intervention pourrait contraindre le pouvoir à sortir de son « confort politique », une expression utilisée dans le journal pour décrire l’inertie du régime. Mais jusqu’à présent, les annonces du gouvernement sur ce front restent au stade des « effets d’annonce », selon Le Citoyen, laissant planer le doute sur sa volonté réelle de s’engager.

 

En définitive, le refus de Touadéra d’ouvrir la porte à un dialogue inclusif apparaît comme un pari risqué. En fermant les canaux de discussion, le pouvoir ne se contente pas de snober l’opposition ; il compromet la paix politique dans un pays qui en a désespérément besoin. À l’heure où les Centrafricains aspirent à la stabilité, la question reste entière : le président choisira-t-il la confrontation au détriment de la réconciliation ? Si l’histoire est un guide, ce choix pourrait coûter cher, non seulement à Touadéra, mais à toute une nation déjà meurtrie par des décennies de crises.

 

 

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