Centrafrique : Nouvelle désertion d’un soldat FACA à Ouadda-Maïkaga

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Le 28 mars 2025, un soldat des Forces armées centrafricaines (FACA) a déserté son poste à Ouadda-Maïkaga, une localité située à 204 kilomètres de Bria, chef-lieu de la préfecture de la Haute-Kotto.
Mais avant de prendre la fuite, le militaire a remis son arme à son supérieur et a décidé de rejoindre Bria, parcourant plusieurs dizaines de kilomètres. Il a finalement été intercepté à Mouka, une localité située à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville, par d’autres soldats FACA qui l’ont arrêté sur-le-champ.
Les collègues du déserteur n’ont pas caché leur frustration. Pour eux, ce genre de comportement jette un discrédit sur leur mission et ternit l’image de l’armée.
« Il a abandonné son poste, et ça donne une mauvaise impression de notre travail », a déploré l’un d’eux. Mais derrière cet acte, une réalité plus profonde semble se dessiner : le mécontentement grandissant au sein des rangs.
Les primes globales d’alimentation, un problème récurrent
La raison principale évoquée pour cette désertion est l’absence de paiement des primes globales d’alimentation (PGA) depuis plusieurs mois. Ces primes, censées garantir un minimum de ressources aux soldats, sont devenues un sujet brûlant. Ce cas n’est pas le premier du genre à Ouadda-Maïkaga. Quelques semaines plus tôt, huit autres militaires avaient déjà quitté leurs postes dans des circonstances similaires, portant à neuf le nombre de déserteurs dans cette localité.
Pourtant, la situation intrigue les habitants. À Ouadda-Maïkaga comme ailleurs dans le pays, les soldats FACA occupent une multitude de fonctions : douaniers, gendarmes, policiers, agents municipaux. Ils contrôlent également les taxes, notamment celles imposées aux éleveurs par la Fédération nationale des éleveurs centrafricains (FNECA). Chaque éleveur doit verser 25 000 francs CFA, une somme collectée directement par les militaires.
« Avec tout cet argent qui circule, comment se fait-il qu’ils se plaignent encore de ne pas être payés ? » s’interroge un habitant de Bria, perplexe.
Un système de survie officieux
Cette question revient souvent parmi la population. Dans de nombreuses régions, les soldats ont pris l’habitude d’ériger des barrières routières pour prélever de l’argent directement auprès des civils et des commerçants. Cette pratique, bien que critiquée, semble être devenue un moyen de compenser l’absence des primes globales d’alimentation (PGA). Mais pour certains militaires, comme ce déserteur, cela ne suffit pas. « Peut-être qu’il voulait sa prime pour vivre décemment, sans dépendre de ces rackets de la population qui n’est autre que de la mafia criminelle », avance un observateur centrafricain résidant à Ouadda.
Du côté de l’état-major et du gouvernement, le silence est de mise. Aucun commentaire officiel n’a été émis sur ces désertions à répétition ou sur le non paiement des PGA. Cette apparente indifférence alimente les spéculations : les autorités compteraient-elles sur ces pratiques de racket de la population pour maintenir les troupes en activité, tout en évitant de débourser les fonds promis ?
Une armée sous tension
Le métier de soldat, en Centrafrique, est synonyme de sacrifice. « Un militaire, c’est quelqu’un qui doit accepter la souffrance », rappelle un officier de l’État – major. Mais pour beaucoup, la limite semble atteinte. Si les FACA occupent des positions stratégiques à travers le pays, leur moral reste fragile. Entre les retards de paiement et les conditions de vie précaires, les départs risquent de se multiplier.
À Ouadda-Maïkaga, les soldats restants continuent de tenir leurs postes, mais l’incertitude plane. Combien de temps tiendront-ils sans voir leurs primes ? Pour l’heure, l’arrestation de ce neuvième déserteur n’a pas apaisé les tensions. Au contraire, elle révèle une armée tiraillée entre devoir et désillusion, dans un pays où les ressources promises peinent à arriver là où elles sont attendues….
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