Centrafrique : Touadera révise son décret sur l’installation des barrières sur la RN2

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Lors du Conseil des ministres du 15 mai 2025, le gouvernement centrafricain a annoncé la révision d’une mesure sécuritaire concernant le village Wawa, situé sur le tronçon Sibut-Grimari de la route nationale numéro 2 (RN2), conformément au décret n°23.149 du 6 juin 2023.
Présentée comme une initiative décisive du président Faustin-Archange Touadéra alias Baba Kongoboro, cette décision cache mal les failles d’une gouvernance sécuritaire erratique. Deux ans après l’adoption de cette mesure, censée garantir la sécurité intérieure, pourquoi le gouvernement est-il contraint de faire machine arrière ? Cette volte-face révèle un État dépassé, incapable de planifier ou de communiquer efficacement.
En effet, la révision de cette mesure sécuritaire, annoncée avec une solennité exagérée, pousse à s’interroger : pourquoi une politique aussi importante , touchant un axe routier vital, n’a-t-elle pas été correctement évaluée avant sa mise en œuvre ? Le tronçon Sibut-Grimari, sur la RN2, est un corridor essentiel pour le commerce et la mobilité des populations. Toute restriction ou barrière, comme celle instaurée à Wawa, a des répercussions économiques et sociales immédiates. Pourtant, il aura fallu deux ans pour que le gouvernement reconnaisse, implicitement, que cette mesure était inadaptée. Cette lenteur traduit un manque criant de foresight stratégique. Les ministères des Transports, de la Défense et de l’Intérieur, chargés de sa mise en œuvre, semblent avoir agi sans données fiables ni consultation des communautés locales, exposant ainsi les citoyens à des contraintes inutiles.
Pourtant, le compte rendu du Conseil des ministres, d’une vague inquiétante, ne précise ni les raisons de cette révision ni les dysfonctionnements qui l’ont motivée. Quels incidents ont nécessité cette correction ? Quelles plaintes des populations ou des acteurs économiques ont poussé le président Baba Kongoboro à intervenir ? Cette absence de transparence est inacceptable dans un pays où la confiance envers les institutions est déjà fragile. En se contentant d’une formulation laconique : une « instruction » présidentielle –, le gouvernement prive les Centrafricains d’explications claires sur une décision qui affecte leur quotidien. Cette opacité renforce l’impression d’une gouvernance improvisée, où les citoyens sont tenus à l’écart des processus décisionnels.
L’insistance sur l’intervention personnelle du président Touadéra, qualifié de « chef suprême des armées » et « toujours attentif aux questions de sécurité », trahit une centralisation excessive du pouvoir. Pourquoi une question aussi technique, comme la gestion d’une barrière routière, nécessite-t-elle l’arbitrage direct du chef de l’État ? Cette dépendance à la présidence marginalise les ministères compétents, réduits à de simples exécutants sans autonomie. Le ministre de la Défense, celui de l’Intérieur ou des Transports auraient dû anticiper et corriger les failles de cette mesure bien avant qu’elle ne remonte au sommet de l’État. Cette hyper-centralisation ralentit les prises de décision et expose l’incapacité de l’administration à fonctionner efficacement.
La RN2 n’est pas une simple route : c’est une artère économique reliant Bangui à l’Est du pays, mais également au nord pour sortir vers le Soudan, le Soudan du Sud ou la République démocratique du Congo. Toute mesure mal calibrée, comme la barrière de Wawa, peut entraver la circulation des biens, faire grimper les prix des produits de première nécessité et redoubler les tensions communautaires dans une région déjà troublée par l’insécurité. Le compte rendu ne mentionne aucun bilan des impacts de cette mesure sur les habitants ou les commerçants. Cette omission explique que le gouvernement agit sans évaluer les conséquences de ses politiques sur les populations, une négligence d’autant plus grave dans un contexte de fragilité économique et sociale.
En outre, en ordonnant cette révision, le président Touadéra tente de se poser en sauveur d’une situation qu’il a lui-même cautionnée. Car c’est sous son autorité que le décret de 2023 a été adopté, sans apparemment les garde-fous nécessaires pour en assurer le succès. Cette décision n’est pas une preuve de réactivité, mais un aveu d’échec masqué par une rhétorique héroïque. Elle illustre une gouvernance qui avance à tâtons, corrigeant ses erreurs au gré des crises plutôt que de les anticiper. Dans un pays où la sécurité intérieure est un « postulat à l’exercice des libertés », selon les mots du président, de telles approximations sont inadmissibles.
Ceci dit, la révision de la mesure sécuritaire sur la RN2 n’est qu’un signe d’un mal plus profond : une gouvernance sécuritaire désordonnée, avec l’improvisation, l’opacité et une centralisation paralysante….
CONTACTER CORBEAU NEWS CENTRAFRIQUE
Tel/ WhatsApp : +236 75 72 18 21
Email: corbeaunewscentrafrique@gmail.com
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC


![Axe Yalinga-Soudan : une véritable autoroute pour les rebelles du FSR Axe Yalinga-Soudan : une véritable autoroute pour les rebelles du FSR pendant que l’État regarde ailleurs Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC Yalinga, une ville de la préfecture de la Haute-Kotto reste une porte grande ouverte sur le Soudan. Et tout le monde le sait : un danger pour le pays. Selon les propres mots de la sous-préfète Natacha Gwladys Akani, l’autre axe, celui qui mène directement vers la frontière soudanaise, n’est toujours pas sécurisé. Les hommes armés venus du Soudan y circulent comme bon leur semble. Ils entrent, ils sortent, ils passent et repassent sans aucune gêne réelle. C’est devenu leur couloir préféré. Un an et demi après l’arrivée de Mme Akani, après le déploiement tant vanté des FACA, de la police et de la gendarmerie au centre de Yalinga, cet axe reste une zone de non-droit. La présence des forces de sécurité est concentrée au chef-lieu, mais dès qu’on s’éloigne un peu, surtout vers cet axe stratégique, le vide se fait sentir. Résultat : les rebelles profitent de cette faille béante pour circuler librement. La sous-préfète ne cache pas son inquiétude. Elle demande ouvertement au gouvernement de « garder le cap » et de renforcer la sécurisation de cette zone. En langage clair, cela veut dire que l’État n’a toujours pas fait le nécessaire. Il a envoyé quelques éléments au centre pour calmer les esprits, mais il a laissé l’axe frontalier sans contrôle réel. Une véritable autoroute pour tous ceux qui veulent causer du trouble ou faire du business illicite avec le Soudan. C’est le même refrain qu’on entend depuis des années en Centrafrique : on sécurise ce qui se voit, on prend des photos avec les nouvelles casernes bien peintes, et on abandonne les axes sensibles. Les partenaires techniques et financiers applaudissent les progrès au centre-ville, pendant que les rebelles continuent à utiliser librement cette porte d’entrée vers le territoire national. L’État regarde ailleurs. Il préfère célébrer la jolie gendarmerie et le bureau de sous-préfecture tout neuf plutôt que d’envoyer des renforts conséquents, des moyens roulants et une présence permanente sur cet axe. Résultat : Yalinga reste vulnérable. La population vit avec la peur constante que les hommes armés reviennent en force, parce que rien ne les empêche vraiment de le faire. Tant que Bangui traitera cet axe comme un détail secondaire, tant qu’on continuera à déployer des forces en nombre ridicule sans les doter des véhicules nécessaires pour patrouiller une zone aussi vaste, la sous-préfecture de Yalinga ne connaîtra jamais la paix durable. Elle restera simplement une localité où l’État fait semblant de revenir, pendant que les rebelles, eux, reviennent vraiment. La vérité crue est là : l’axe Yalinga-Soudan est devenu une autoroute pour les groupes armés. Et l’État, une fois de plus, choisit de regarder ailleurs. Par Moïse Banafio Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC CNC Groupe 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC](http://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/07/rebelle_du_prnc_dans_la_haute_kotto-157x150.jpg)

