Martin Ziguélé : « Wagner n’a rien à faire dans un État de droit »

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Dans l’émission Beuf Politique en Visio sur JMTV+, Martin Ziguélé, ancien Premier ministre et président du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), a exprimé sans détour son point de vue sur la présence du groupe Wagner en Centrafrique.

 

Ziguélé a rappelé qu’il avait voté en son temps l’accord de défense conclu entre la République centrafricaine et la Russie en tant qu’État. Cet accord interétatique lui paraissait normal. Mais ce qui est arrivé ensuite ne correspondait pas à ce texte.

 

Martin Ziguélé : « Ce que la Centrafrique tire du secteur de l’or est un vrai scandale »
Martin Ziguelé, président du parti MLPC, et porte-parole du BRDC. Photo CNC

Au lieu d’envoyer des conseillers militaires russes officiels, le pays a vu arriver des mercenaires du groupe Wagner. Ziguélé les qualifie clairement de mercenaires. Il cite d’ailleurs les déclarations du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui avait lui-même indiqué que Wagner était une structure privée créée par Evgueni Prigojine pour des activités de sécurité militaire privée, sans lien direct avec l’État russe.

 

Selon l’ancien chef du gouvernement, Wagner ne se limite pas à un rôle militaire. Il fonctionne comme une entreprise commerciale, une structure d’influence et de manipulation de l’information, et une organisation économique. Ziguélé estime que ce groupe a profité de son intervention militaire réussie contre la coalition des Patriotes pour le changement (CPC) en décembre 2020 pour étendre son emprise sur plusieurs domaines de la vie nationale.

 

Il affirme que Wagner a joué un rôle direct dans la réforme constitutionnelle, dans l’organisation du référendum et dans les élections récentes, qu’il décrit comme exclusives. Aujourd’hui, même si l’on parle du remplacement de Wagner par l’Afrika Korps, Ziguélé considère qu’il s’agit du même phénomène : « c’est blanc bonnet et bonnet blanc ».

 

Pour lui, les mercenaires n’ont pas leur place dans un État de droit. Leur présence contredit les principes d’un fonctionnement normal des institutions. Il maintient que la Centrafrique doit privilégier des relations d’État à État avec la Russie, et non avec des groupes armés privés.

 

Ziguélé a également noté que la visibilité publique de ces éléments a diminué ces derniers mois à Bangui, mais il reste convaincu qu’ils demeurent présents sur le territoire, notamment pour des questions de sécurité comme l’investiture présidentielle prévue au stade Barthélemy Boganda.

 

L’ancien Premier ministre, qui achève actuellement son deuxième mandat de député et ne s’est pas représenté aux dernières élections législatives, a insisté sur la nécessité pour le pays de rechercher un équilibre dans ses relations internationales. Il juge que la maturité d’une politique étrangère se mesure à sa capacité à diversifier ses partenariats tout en défendant d’abord les intérêts nationaux.

 

Cette prise de position intervient alors que le président Faustin-Archange Touadéra a opéré plusieurs ajustements dans ses alliances extérieures, passant d’une orientation très marquée vers la Russie à un réchauffement progressif des relations avec la France et les institutions financières internationales.

 

Martin Ziguélé, auteur du livre Des crises à l’espérance – Ma vision pour la Centrafrique, continue à s’exprimer sur les grands choix stratégiques du pays alors qu’il se prépare à se consacrer pleinement à son parti politique.

 

Par Anselme Mbata

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