Le naufrage politique de Mahamat Al-Khatim et de son MPC

Rédigé le 12 janvier 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Depuis les accords de Khartoum signés en 2019 entre son mouvement et le gouvernement centrafricain, le chef du Mouvement Patriotique pour la Centrafrique ne fait plus l’unanimité parmi ses troupes. Fâché avec N’djamena et isolé dans son propre mouvement, cet autoproclamé général tente désormais d’obtenir un arrangement avec Bangui pour rentrer en Centrafrique, malgré son unique nationalité tchadienne.
En effet, le MPC naît en 2015 comme une branche dissidente de l’ex-Séléka de l’ancien Président de transissions, Michel Djotodia. Cette rupture avec la Seleka, comme l’a fait l’UPC et autres, donne naissance à un groupe armé composé essentiellement de musulmans centrafricains et tchadiens. Mahamat Al-Khatim s’installe dans les préfectures septentrionales du pays, notamment la Kémo, la Nana-Gribizi, y compris l’Ouham, devenu aujourd’hui Ouham-Fafa, zones proches de la frontière avec le Tchad. Le mouvement se présente comme le protecteur des éleveurs arabes de ces régions, mais plusieurs anciens combattants racontent une autre histoire. « Ce général de pacotille ne pense qu’à l’argent et rançonne ceux qu’il prétend défendre », confie un ancien lieutenant.
Longtemps affilié au FPRC de Nourredine Adam dans une petite coalition dénommé la CNDS où il occupait des fonctions opérationnelles et d’état-major, Mahamat Al-Khatim participe aux négociations de Sant’Egidio en juin 2017, puis à celles de Khartoum deux ans plus tard, supervisées par l’Union africaine mais téléguidées par les mercenaires russes du groupe Wagner. En décembre 2020, le MPC fusionne avec cinq autres groupes armés pour former la Coalition des Patriotes pour le Changement. Cette alliance ne dure pas. En novembre 2023, le mouvement quitte la CPC et reprend les discussions avec le gouvernement dans le cadre des engagements de Khartoum.
À ce moment-là, les rangs du MPC commencent sérieusement à se vider. D’après des informations recueillies, celui que ses anciens compagnons d’armes surnomment « Tourougou Kata », en français militaire bordel, perd le soutien de ses principaux généraux. Hissein Koursi prend ses distances, tandis que Saleh Zabadi, autre figure du mouvement, trouve la mort au Darfour en mai 2025 en combattant comme mercenaire au Soudan. Les combattants ordinaires désertent aussi, ne croyant plus aux promesses de leur chef.
Cette hémorragie pousse Mahamat Al-Khatim vers le régime de Faustin-Archange Touadéra, qu’il espère amadouer. Mais le président centrafricain ne se laisse pas séduire. Pour lui, le leader du MPC ne représente plus rien ni sur le plan militaire ni sur le plan politique. Ses hommes sont partis ailleurs, son influence territoriale s’est évaporée. Touadéra préfère négocier avec des groupes qui comptent encore des combattants prêts à déposer les armes et à s’engager dans le processus de désarmement. Mahamat Al-Khatim se retrouve dans les oubliettes.
La guerre civile au Soudan aggrave la situation. Le général Hamdan Daglo, surnommé « le boucher du Darfour », recrute des mercenaires dans toute la sous-région. Plusieurs officiers du MPC répondent à cet appel, attirés par l’argent facile et l’aventure militaire. Zabadi y perd la vie, d’autres continuent de se battre pour des causes qui n’ont rien à voir avec la Centrafrique. Cette dispersion achève de vider le mouvement de sa substance.
Aujourd’hui, Mahamat Al-Khatim ventile entre le Tchad et les antichambres du pouvoir centrafricain. Ses tentatives de négociation avec Bangui n’aboutissent pas. Les mercenaires russes qui conseillent Touadéra ne voient aucun intérêt à intégrer un chef sans troupes. Le président centrafricain utilise d’ailleurs une stratégie bien mécanisée : appâter les leaders rebelles avec des postes ministériels, consolider son pouvoir, puis les éliminer une fois son troisième mandat assuré.
Un proverbe bantou dit que « la hyène ne renonce jamais à ses ambitions ». Mahamat Al-Khatim semble l’avoir oublié. Ses anciens lieutenants, eux, ont compris qu’ils devaient chercher fortune ailleurs, que ce soit dans les déserts soudanais ou en déposant définitivement les armes. Le MPC n’existe plus que sur le papier, vestige d’une époque où son fondateur comptait encore sur le paysage militaire centrafricain.
Par Ulriche Mallo….
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