L’armée centrafricaine existe-t-elle encore ? Un juriste répond  à l’interview exclusive du CNC

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L’armée centrafricaine existe-t-elle encore ? Un juriste répond  à l’interview exclusive du CNC

L’armée centrafricaine existe-t-elle encore ? Un juriste répond à l’interview exclusive du CNC
le colonel Martiano Édouard Yalengue , directeur général adjoint de la garde présidentielle

 

Rédigé le 16 février 2026 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Des officiers frappés devant leurs hommes, des soldats qui regardent sans intervenir, des abus sans sanction. Firmin Ngola, juriste centrafricain spécialisé en sécurité-défense, analyse la désintégration progressive d’une institution autrefois respectée et explique pourquoi tant de Centrafricains doutent désormais de son existence réelle comme structure républicaine.

 

 

Corbeau News Centrafrique (CNC) : Bonjour maître Firmin Ngola, merci d’avoir accepté cet entretien.

 

Firmin Ngola : Bonjour monsieur le journaliste, merci pour l’invitation.

 

CNC : De nombreux Centrafricains affirment que l’armée nationale n’existe plus comme institution. Pourquoi cette perception est-elle si répandue ?

 

Firmin Ngola : Parce que les faits observés depuis plusieurs années ne correspondent plus au fonctionnement d’une armée républicaine. Une armée doit protéger ses chefs, appliquer des règles claires et répondre aux attentes de la population. Lorsque des mercenaires étrangers frappent des officiers en public, et que les soldats restent immobiles, la hiérarchie s’effondre. Et quand les chefs ne réagissent pas, la confiance disparaît.

le colonel Martiano Édouard Yalengue , directeur général adjoint de la garde présidentielle
colonel_edouard_modoua – Colonel Modoua kidnappé à Bouar : Deux mois de captivité aux mains de Wagner,  silence troublant de Bangui

 

CNC : Pouvez-vous revenir sur le cas du colonel Édouard Modoua , qui a marqué beaucoup d’esprits  dans le pays ?

 

Firmin Ngola : Le colonel Édouard Modoua, commandant de la région militaire du nord-ouest,  a été arrêté à Bouar à deux reprises, ce qui montre la gravité de la situation. D’abord arrêté par des mercenaires russes du groupe Wagner, sa tête couverte de sac, battu et amené à la Section de recherches à Bangui, il a ensuite été mis à la retraite sous pression. Malgré cela, il est reparti à Bouar pour faire la passation de service au nouveau commandant. Là encore, il a été arrêté par les Russes, détenu secrètement dans leur propre durant plusieurs semaines à Bouar, puis ramené à Bangui et libéré. À aucun moment ses hommes n’ont réagi. Cela montre que la chaîne de commandement ne tient plus.

 

CNC : Ce phénomène touche-t-il d’autres officiers ?

 

Firmin Ngola : Oui, et les exemples sont nombreux. À Ndélé, le colonel Kitoko avait été arrêté par les Wagner puis transféré à Bangui. À Baboua, un commissaire de police s’est fait frappé par les Wagner à tel point qu’il a eu le bras cassé. À Béloko, un capitaine des FACA a été frappé et blessé. Dans tous ces cas, les soldats FACA présents restent immobiles. C’est un signe clair que le rapport d’autorité est brisé.

 

CNC : comme vous évoquez les cas des officiers supérieurs et sous-officiers arrêtés dans les villes de provinces, mais ici à Bangui, la situation est comment ?

 

Firmin Ngola : que ça soit à Bangui comme en province, les Wagner frappent sans distinction. Prenant le cas  du directeur général adjoint de la garde présidentielle, le colonel Yalengue. Il a été frappé, jeté au sol et humilié devant ses hommes par les mercenaires russes du groupe Wagner. Le coup est tellement violent que le colonel pleure comme un nouveau né, un bébé qui demande à manger. Mais la surprise est qu’aucun élément de la garde présidentielle n’a bougé. Après une scène pareille, un chef ne peut plus exercer normalement. Son autorité disparaît dès le moment où ses éléments l’ont vu pleurer et pleurer comme un enfant.

 

CNC : Au-delà des agressions commises par les Russes, vous mentionnez aussi les abus commis par certains soldats centrafricains eux-mêmes. Que se passe-t-il exactement ?

 

Firmin Ngola : C’est un point essentiel. Dans plusieurs régions, des soldats agressent des civils, extorquent, maltraitent ou intimident la population. Et ce qui inquiète, c’est l’absence totale de sanctions. Les officiers savent ce qui se passe, les autorités locales sont informées, les autorités nationales également, mais rien ne suit. L’impunité fait partie du système. Cela affaiblit encore plus l’armée parce qu’une institution perd sa légitimité quand elle ne se corrige pas elle-même. C’est une dégradation parallèle à celle provoquée par les mercenaires russes.

 

CNC : Revenons aux cas de résistance isolée. Pouvez-vous rappeler ce qui s’est passé à Boali ?

 

Firmin Ngola : À Boali, les mercenaires avaient l’habitude de faire transporter leurs caca, leur pourou  par un soldat. Il le faisait par contrainte. Après sa mutation, le soldat qui l’a remplacé ignorait tout de ce système. Les russes, un matin, ont appelé le nouveau soldat. L’homme est venu, et l’un des mercenaires russes lui a montré la cuvette pleine de caca qu’il devait porter pour aller le verser déhors. Mais ce mercenaire russe ne s’attendait pas à cette colère. Le soldat, énervé, commence à frapper le mercenaire, qui est tombé. Les autres Russes, voyant leur collègue tombé au sol,  sont arrivés et ont commencé à frappé le soldat. Pendant ce temps, ses collègues n’ont rien fait. Ils regardaient seulement. C’est grave.

 

CNC : Et à Ngakobo ? Il y’a également un problème pareil non ?

 

Firmin Ngola : oui. Là-bas, c’est un mercenaire russe qui voudrait sodomiser un soldat FACA de force. Mais ce dernier, en colère, a dégainé son arme et tiré, tuant un mercenaire. Les autres russes ont riposté immédiatement et ont abattu le soldat qui venait de tuer leur collègue. Pour beaucoup, il a agi comme un soldat qui ne veut pas accepter l’humiliation.

 

CNC : Un autre cas remonte à 2019 sur un site minier avec les Wagner. Qu’en est-il ?

 

Firmin Ngola : Pour cette histoire, c’est la tête contre la tête. Un adjudant des FACA recevait des ordres répétés d’un mercenaire du groupe Wagner. C’était en 2019. Un jour, il a levé la tête et lui a dit : « Toi, tu es qui pour me donner des ordres ? Tu n’es pas mon chef. » Face à cette réponse, le mercenaire a reculé et s’est calmé. Ce geste paraît simple, mais dans le contexte actuel, cela demande du courage.

 

CNC : Avec l’ensemble de ces éléments, que peut-on encore attendre de l’armée nationale ?

 

Firmin Ngola : On peut attendre une réforme profonde, mais aujourd’hui, la réalité est difficile. Une armée fonctionne grâce à la discipline interne, la cohésion, le respect de la hiérarchie et la confiance de la population. Quand les mercenaires frappent les chefs, quand les soldats restent immobiles, quand certains militaires agressent eux-mêmes la population, et quand aucune sanction n’est prononcée, l’institution perd sa force. C’est cette accumulation qui fait dire à beaucoup de Centrafricains que l’armée n’a plus sa structure d’origine.

 

CNC : Merci maître Firmin Ngola pour vos explications.

 

Firmin Ngola : C’est à moi de vous remercier, monsieur le journaliste. Merci beaucoup.​​​​​​​​​​​​​​​​

 

Propos recueillis par Anselme Mbata…

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