Interview exclusive avec Alain Sylla : pourquoi Faustin-Archange Touadera ne voyage plus en Europe ? Il a peur de la CPI ? Mais jusqu’à quand ?

Rédigé le 11 janvier 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Depuis le dépôt d’une communication judiciaire par le cabinet canadien Philippe La Rochelle visant le président centrafricain et ses alliés russes, les déplacements internationaux de Faustin-Archange Touadéra se sont presque arrêtés. Peur d’une arrestation, tentatives de sondage diplomatique, rôle de la CPI et poids du dossier Wagner : l’observateur judiciaire centrafricain Alain Sylla livre une analyse sans détour.
Corbeau News Centrafrique (CNC) : Bonjour Monsieur Alain Sylla. Merci d’avoir accepté cette interview.
Alain Sylla : Bonjour. Merci à vous.
CNC : Depuis plusieurs mois, le président Faustin-Archange Touadéra se déplace très peu à l’étranger. Que se passe-t-il concrètement selon vous ?
Alain Sylla : il ne s’agit pas d’un simple changement d’agenda. Touadéra est sous pression. Depuis le dépôt formel d’une communication judiciaire par le cabinet Philippe La Rochelle au Canada, il sait qu’il est devenu vulnérable hors de Centrafrique. Il ne s’agit plus de rumeurs politiques, mais d’un risque judiciaire réel.
CNC : pourtant, certaines sources évoquaient un voyage à Paris dans le cadre de sa campagne électorale, information relayée notamment par Africa Intelligence. Pourquoi ce déplacement n’a-t-il jamais eu lieu ?
Alain Sylla : parce que ce voyage était irréaliste. Paris n’est pas un terrain neutre pour lui. Touadéra a parfaitement compris qu’un simple séjour en France pouvait se transformer en cauchemar judiciaire. Il a en tête des précédents très précis.
CNC : Lesquels ?
Alain Sylla : il a vu comment l’ancien Président de la fédération de football centrafricain, Patrice Ngaïssona a été arrêté à Paris puis transféré devant la Cour pénale internationale. Ce n’est pas une abstraction. C’est une expérience concrète qui l’a marqué et lui fait très peur au point d’avoir de tension de temps en temps.
CNC : c’est pour cette raison qu’il aurait envoyé son ministre de la Justice en éclaireur en France et auprès de la CPI ?
Alain Sylla : exactement. Le ministre Arnaud Djoubaye Abazène a effectué un déplacement discret à Paris, puis a tenté de prendre la température au niveau judiciaire et diplomatique, y compris du côté de la CPI. Il n’est pas revenu avec des garanties. Au contraire.
CNC : que lui aurait-il rapporté ?
Alain Sylla : un message clair : la situation est défavorable. Aucun verrou n’est totalement fermé. Aucun parapluie politique n’est fiable. Le conseil a été simple : rester à Bangui.
CNC : Depuis, Touadéra ne quitte presque plus le pays.
Alain Sylla : c’est inédit avec le Président Faustin-Archange Touadera qui passe des semaines, voire des mois sans voyage en Europe, c’est extrêmement rare. Ce n’est pas un choix politique, c’est une contrainte.
CNC : Certains estiment que le vote de la diaspora ne pèse pas assez pour justifier un risque personnel.
Alain Sylla : c’est exactement son raisonnement. Pour lui, aucun meeting à Paris ne vaut une arrestation potentielle. Il privilégie sa survie politique et personnelle.
CNC : vous évoquez aussi un impact budgétaire inattendu.
Alain Sylla : oui. L’absence de déplacements présidentiels coûteux a momentanément réduit certaines dépenses. La trésorerie de l’État respire un peu, même si les détournements et les prédations n’ont pas disparu.
CNC : la question de sa santé revient souvent. Que se passera-t-il s’il doit se faire soigner à l’étranger ?
Alain Sylla : c’est là toute la contradiction. Pour des soins lourds, l’Europe reste incontournable. Il le sait. Et il sait aussi que le risque judiciaire ressurgira immédiatement.
CNC : c’où l’envoi répété d’avocats et d’émissaires ?
Alain Sylla : oui. Ils tentent de sonder Paris, Bruxelles, de rassurer, d’anticiper. Mais ce sont des démarches défensives. Le fond du dossier reste intact.
CNC : vous parlez du dossier Wagner.
Alain Sylla : absolument. Les crimes attribués au Groupe Wagner en Centrafrique sont massifs. Le nombre de victimes, les méthodes, l’ampleur de la terreur dépassent largement certains dossiers déjà jugés par la CPI.
CNC : vous pensez à des précédents précis ?
Alain Sylla : oui. En termes d’ampleur et de gravité, cela dépasse même les faits pour lesquels Jean-Pierre Bemba a été condamné. Même pour la Seleka, c’est rien devant l’ampleur des crimes commis par les Wagner. Et Touadéra le sait dtrès bien d’ailleurs.
CNC : selon vous, la CPI peut-elle aller jusqu’au bout ?
Alain Sylla : la CPI est lente, mais elle est méthodique. Quand les éléments s’accumulent, elle ne recule pas. Touadéra vit avec cette épée au-dessus de la tête. C’est cela, la réalité.
CNC : merci Monsieur Sylla pour cet éclairage.
Alain Sylla : merci à vous.
Propos recueillis par Alain Nzilo…
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