Harsene Yele Moussa, célèbre escroc de l’or et du diamant, arrêté par la brigade minière mais libéré dès le lendemain

Rédigé le 15 janvier 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Il y’a quelques semaines, les enquêteurs de la brigade minière ont arrêté Harsene Yele Moussa en pleine activité. Le suspect des escroqueries à au niveau international a été libéré vingt-quatre heures plus tard par la gendarmerie. Incroyable!
L’arrestation a eu lieu sur l’axe de Mbaïki, dans le sud-ouest de la Centrafrique. Les enquêteurs de la brigade minière l’ont embarqué dans un petit village après plusieurs semaines de recherches. Le dossier pèse lourd : quarante-six millions de francs CFA disparus dans une transaction qui n’a jamais abouti, des documents falsifiés, des promesses de livraison d’or vers Dubaï qui se sont volatilisées.
Mais cette arrestation n’aura duré que le temps d’une nuit. L’avocat de la partie plaignante avait préparé son argumentaire, rassemblé les preuves, anticipé une instruction longue. Quand il s’est présenté à la gendarmerie le lendemain, on lui a annoncé que le détenu avait déjà quitté les lieux.
Le motif invoqué par les agents a de quoi laisser sans voix tous ceux qui suivent ce dossier. Les gendarmes ont tout simplement justifié leur geste que le suspect est candidat aux législatives du MCU. Donc il faut le laisser d’abord le temps d’aller battre sa campagne électorale. Cette justification a laissé l’avocat sans voix.
Pourtant, aucun article du code de procédure pénal ne prévoit pareille immunité provisoire. Dans quel registre une candidature aux élections efface-t-elle des accusations d’escroquerie internationale ? Pourtant, les gendarmes ont tranché, et le gros escrocs circule à nouveau librement pour aller faire une autre victime.
Rappelons que l’affaire qui lui vaut ces poursuites remonte à novembre dernier. Un homme d’affaires franco-israélien établi entre le Cameroun et les Émirats arabes unis reçoit une proposition alléchante : acquérir vingt-cinq kilogrammes d’or brut centrafricain. Le contact initial passe par David Ford Aka’a, un Camerounais se faisant passer pour pasteur.
Ce dernier garantit la fiabilité des interlocuteurs à Bangui et la conformité administrative de l’opération. Le 22 novembre, l’investisseur franco-israéliens atterrit dans la capitale centrafricaine et pose ses valises à l’hôtel Ledger. C’est là que Moussa entre en scène, se présentant comme directeur d’une coopérative minière baptisée Face à Face.
Dès les premières heures, les demandes d’argent commencent à pleuvoir. Sept cent mille francs pour des formalités, cinq cent mille pour des démarches parallèles, encore cinq cent mille en prêt personnel, puis trois cent cinquante mille pour la logistique. Chaque versement s’accompagne de la même assurance : le colis attend, il suffit de régler les derniers détails avant le départ pour Dubaï.
Puis la quantité annoncée double sans crier gare. Les vingt-cinq kilogrammes initiaux deviennent cinquante. Moussa explique que des taxes douanières imprévues bloquent l’expédition, que le Becdor impose des frais supplémentaires.
Le montant grimpe à quarante et un millions de francs CFA. Pour convaincre son client, il produit une série de papiers officiels : factures commerciales estampillées au nom de la coopérative Face à Face, puis d’une autre structure nommée KE-MINES, laissez-passer délivrés par la Direction générale des ressources minières. Un bordereau de transport aérien émis par une compagnie appelée Anchor Way Lines complète le dossier.
Les documents mentionnent un envoi vers Diamanterie, société basée dans la zone franche de Dubaï. Les cachets de l’aéroport de Bangui-Mpoko figurent sur plusieurs pièces. Tout semble en ordre, du moins en apparence.
L’investisseur paie donc sans se méfier. Vingt et un mille cinq cents dollars en cryptomonnaie, cinquante mille dollars en liquide, cinq millions de francs CFA pour les billets d’avion. Une fois arrivé aux Émirats, il tente de localiser le colis.
Il contacte les services de fret, vérifie le numéro de cargo inscrit sur l’Airway Bill, cherche à joindre la compagnie de transport. Aucune trace de l’envoi. Le numéro de référence ne correspond à rien dans les bases de données.
La société Anchor Way Lines n’existe pas sous la forme indiquée. Les coordonnées mènent à des impasses. Le colis n’a jamais quitté Bangui, peut-être n’a-t-il jamais existé.
Cette mécanique n’est pas une première pour Moussa. Quelques semaines auparavant, un homme d’affaires kenyan du nom de Godoua Imendji Jesus Pierrot s’est fait piéger par un schéma identique. Les autorités de Nairobi ont arrêté deux suspects, Peter Odhiambo Onyango et Doreen Mary Odour, qui orientaient les victimes vers un intermédiaire à Bangui.
Le nom donné par ces complices kenyans : Moussa Yele Harsene, encore le redoutable escroc centrafricain est cité dans cette affaire. Les montants en jeu dépassaient cinq cent cinquante-huit mille dollars américains, auxquels s’ajoutaient cent douze mille dollars déjà versés en Centrafrique et soixante-quinze mille dollars supplémentaires. Là encore, promesse d’or, documents officiels, montée des frais, puis disparition du colis une fois les paiements effectués.
Un laissez-passer prétend qu’un lot de cinquante kilogrammes a été acheté dans la région de Boda entre octobre et novembre, pour une valeur de soixante-quinze millions de francs CFA. Le destinataire final reste toujours Triplex Diamond DMCC. Le bordereau de transport indique un poids de cinquante-deux virgule quarante-cinq kilogrammes, un mode de paiement en espèces, un enlèvement prévu le 20 novembre et une livraison attendue le 22.
Sauf que rien ne part jamais de Bangui. Les documents changent au fil des jours pour s’adapter aux circonstances. Après le dépôt de plainte du 26 novembre, une nouvelle facture apparaît, datée du 8 décembre, signée par KE-MINES.
Elle décrit un lingot portant le numéro de barre quinze, avec un titre à vingt-trois virgule soixante-huit carats et une pureté de quatre-vingt-seize pour cent. Le destinataire demeure Diamanterie, le paiement toujours prévu à Dubaï après des tests en raffinerie. Cette facture arrive après que l’investisseur a découvert la supercherie, comme si le réseau adaptait ses papiers au fur et à mesure que les blocages se multipliaient.
Notons que monsieur David Ford Aka’a, le rabatteur camerounais, circule toujours librement entre Yaoundé et Bangui. Son rôle de premier contact est clairement établi dans les documents, mais aucune autorité n’a confirmé l’ouverture d’une enquête le concernant. La victime affirme qu’il aurait déjà approché d’autres investisseurs avec des propositions similaires.
Il y’a lieu de rappeler que monsieur Harsene Yele Moussa n’est pas à sa première arrestation. On se souvient il y’a quelques mois, ce monsieur a été interpelé et écroué à la maison d’arrêt de Ngaragba. Mais 24 heures après son arrivée à Ngaragba, Harsene Yele Moussa sort librement. C’est incroyable!
Alors, les centrafricains se demandent si ce genre de personnage accède au parlement, les conséquences pour le pays risquent d’être considérables. L’Assemblée nationale compte déjà des députés controversées et voleurs dans ses rangs. Mais l’arrivée de tel individus poursuivis pour des escroqueries internationales changerait encore la donne et installerait un précédent dangereux pour l’avenir des institutions
Par Alain Nzilo
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