Carburant hors de prix, électricité introuvable : chronique d’un sabotage d’État contre l’industrie forestière en Centrafrique

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
En Centrafrique, le secteur forestier – autrefois présenté comme un levier de croissance – est désormais un champ de ruines économique. Entre pénurie chronique d’électricité et prix du carburant en constante flambée, les entreprises forestières sont piégées dans un engrenage d’échecs imputables à un État absent, corrompu et incompétent.
Ce que le gouvernement appelle « politiques publiques » s’apparente à un mélange d’improvisation, de propagande mensongère et de désintérêt total pour les réalités du terrain.
À Mbaïki, Nola , Moungoumba ou Boali, les entreprises forestières opèrent dans un désert énergétique. Pas d’usine électrique, pas de réseau fiable, pas de soutien logistique. Les générateurs à fioul sont la seule planche de survie, dans un pays où le carburant coûte parfois deux fois plus cher que dans les pays voisins. Le Professeur Richard Filakota, interrogé sur la radio Ndékè Luka, résume cette absurdité : « Sans électricité, qu’est-ce que vous pouvez faire ? ». Rien, justement. Et c’est ce que fait le gouvernement : rien.
Pendant que le ministère de l’Énergie multiplie les annonces irréalistes : projets de barrages jamais construits, plans de redressement fantômes, partenariats fictifs, les sociétés forestières, elles, s’enfoncent. La promesse d’un « Plan National de Développement » n’est qu’un slogan vide. Il n’existe ni programme clair, ni investissement concret, ni coordination entre institutions. L’électricité reste un luxe d’élite réservé à Bangui. Le reste du pays, notamment les zones d’exploitation forestière, peut encore crever dans le noir pour des décénies.
Le prix du gasoil et du fioul est désormais hors de contrôle. Les taxes se multiplient, les coûts de transport explosent, les détournements aux douanes sont tolérés, voire encouragés. Le carburant devient un produit spéculatif entre les mains de réseaux mafieux comme Piri, liés aux cercles du pouvoir. Le gouvernement laisse faire, complice ou impuissant, pendant que les entreprises voient leurs charges doubler voire tripler.
La transition imposée par la CEMAC vers l’arrêt de l’exportation du bois brut est théoriquement bénéfique. Mais en l’absence d’un accompagnement réel de l’État, elle tourne à la farce. Comment transformer localement le bois si l’on ne peut pas faire tourner une machine ? Comment créer des emplois quand le carburant est rationné comme en zone de guerre ? Le pouvoir parle de développement, mais il sabote toute tentative d’industrialisation. Volontairement ou par incompétence, le résultat est le même : une industrie étranglée.
Le « dialogue public-privé » évoqué par Richard Filakota est devenu un cache-misère. Derrière cette façade, aucune politique sérieuse, aucun engagement budgétaire, aucune volonté d’assainir le secteur. Les réunions organisées par les ministères ne débouchent sur rien. Les représentants du privé sortent frustrés, les recommandations restent lettre morte. L’État se contente d’écouter pour gagner du temps, en espérant calmer les critiques. C’est une méthode de diversion bien connue, utilisée dans tous les secteurs : miner le débat, repousser les décisions, organiser le chaos.
Dans ses discours, le gouvernement vante la « valorisation de la forêt », la « relance économique », la « création d’emplois verts ». Dans les faits, il bloque tout. Il transforme un potentiel national en fardeau. La forêt devient un lieu de pillage au profit de sociétés douteuses proches du pouvoir, pendant que les opérateurs centrafricains meurent en silence. L’écosystème forestier, censé être protégé, est livré à la prédation. L’industrialisation, censée être accélérée, est étouffée. L’emploi, censé être créé, disparaît.
L’incapacité chronique de l’État à planifier, anticiper et encadrer s’accompagne d’une stratégie de communication mensongère. La table ronde des bailleurs prévue dans le cadre du PND est annoncée comme la solution miracle, alors qu’elle n’a rien résolu dans le passé. C’est une énième opération cosmétique, destinée à masquer la faillite d’un régime qui n’a ni cap, ni vision, ni volonté politique.
La question centrale reste entière : qui a intérêt à maintenir ce désordre ? Certainement pas les entreprises, encore moins les populations locales. Mais le cercle restreint du pouvoir, lui, y trouve son compte : contrôle des flux, manipulation des marchés, chantage logistique, redistribution de contrats à des proches. La paralysie du secteur forestier n’est pas une erreur de parcours. Elle est la conséquence d’une gouvernance mafieuse, où l’intérêt général a été sacrifié sur l’autel des intérêts privés….
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