Vers l’annulation du scrutin du 28 décembre ? Joseph Bindoumi signale des anomalies trop lourdes devant le Conseil constitutionnel

Rédigé le 15 janvier 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Joseph Bindoumi, magistrat à la tête du Réseau Arc-en-ciel pour l’observation des scrutins, a lancé un avertissement dans l’émission Patara sur la radio Ndèkè-Luka. Les dysfonctionnements constatés lors de l’élection du 28 décembre risquent de pousser le Conseil constitutionnel à invalider l’ensemble du processus.
Le responsable de la mission d’observation refuse de clore le débat sur l’affichage des listes électorales. Il renvoie directement à l’article 11 du code électoral qui impose cet affichage au chef-lieu de chaque commune, en accord avec l’autorité administrative locale et l’Agence nationale des élections. « Je ne comprends pas pourquoi tout le temps on nous dit que l’affichage n’est pas obligatoire », insiste-t-il, rejetant les arguments de l’ANE qui minimise cette obligation légale.
Au-delà de cette controverse, Bindoumi relance également la question des procès-verbaux non distribués aux représentants des candidats, sujet déjà évoqué par d’autres intervenants. Mais il franchit un palier supplémentaire en dénonçant les retards inexplicables dans la transmission des documents officiels. Les procès-verbaux des bureaux de vote de Bangui, Bégoua et Bimbo ont mis trois ou quatre jours pour parvenir à l’ANE après le scrutin. « Comment on peut expliquer ça ? », interroge-t-il, soulignant l’absence de justification technique ou logistique à ces délais anormaux dans des zones pourtant dans la capitale.
Le magistrat monte d’un cran dans sa critique de la gestion de l’ANE. Il rejette fermement l’excuse du rappel à l’ordre à distance, estimant qu’une autorité électorale responsable doit se déplacer sur le terrain et sanctionner directement les agents qui agissent de façon autonome. Bindoumi alerte ensuite sur le danger juridique que représentent ces accumulations de manquements. « On peut craindre que s’il y a beaucoup d’irrégularités qui sont susceptibles d’atteindre la sincérité du vote, le conseil constitutionnel peut décider que les manquements sont tellement nombreux que cette élection n’a plus le sens d’élection et procède à son annulation », déclare-t-il avec une gravité inhabituelle.
Cette perspective d’annulation totale n’est pas une simple hypothèse théorique selon lui. L’ANE doit mesurer ce risque juridique majeur et ne peut pas se contenter d’organiser un scrutin tout en acceptant qu’une haute juridiction vienne ensuite l’invalider. Bindoumi évoque également l’article 121 du code électoral, qui a donné lieu à des plaintes renforcées par le communiqué de l’ANE demandant la remise des procès-verbaux aux demandeurs. Ces éléments fourniront au Conseil constitutionnel des motifs tangibles pour statuer éventuellement en faveur d’une annulation.
Toutefois, le magistrat nuance aussitôt son propos en reconnaissant que le Conseil constitutionnel pourrait ne pas aller jusqu’à cette extrémité. Il mentionne une décision exceptionnelle prise par cette institution depuis l’indépendance du pays : le déploiement de 61 magistrats répartis sur le territoire pour mener une observation indépendante du processus. Ces magistrats ne rendent pas compte à l’ANE mais directement au Conseil constitutionnel, qui les a mandatés pour disposer de données fiables et non filtrées par l’autorité électorale.
Bindoumi précise que ces rapports ne transitent pas par l’Agence nationale des élections. Lorsqu’un intervenant cherche à confirmer que ces observations servent à l’institution elle-même, le magistrat rectifie immédiatement : « Non, c’est pour le conseil constitutionnel. » Cette mission spéciale traduit, selon lui, une volonté de pallier les insuffisances de l’observation habituelle et de s’assurer que la décision finale reposera sur des faits vérifiés de manière autonome.
Malgré cette prudence affichée, Bindoumi maintient son analyse critique en estimant que le Conseil constitutionnel a pris des dispositions exceptionnelles pour être suffisamment éclairé avant de trancher. Les 61 magistrats ont été déployés précisément parce que les conditions normales d’observation n’ont pas fonctionné. Leur travail représente une garantie de transparence que l’ANE n’a pas su offrir pendant le déroulement du scrutin.
Le chef de mission du Réseau Arc-en-ciel ne pense pas que le résultat final de cette enquête indépendante conduira forcément à l’annulation du processus, mais il laisse entendre que cette option demeure ouverte. Le Conseil constitutionnel dispose désormais de tous les éléments pour évaluer la gravité des anomalies et décider si elles ont altéré la sincérité du vote au point de rendre le scrutin invalide. Les retards dans la transmission des procès-verbaux, l’absence d’affichage des listes, la non-distribution des documents aux représentants des candidats constituent autant de pièces à verser au dossier d’examen de la haute juridiction
Par Gisèle MOLOMA
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