Dérapages sur la radio de Fidèle Gouandjika : José Richard Pouambi affirme n’avoir pas connaissance des propos injurieux et défend la radio Mille Collines avec des arguments ridicules

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 Le président du régulateur médiatique centrafricainJosé Richard Pouambi, invité sur les antennes de la radio Ndékè-luka déclare prétendre découvrir aujourd’hui les dérapages verbaux répétés d’une station controversée dénommée « radio mille colline », affichant une cécité déroutante face aux accusations d’injures et d’abus d’antenne récurrents.

 

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Une radio du peuple qui porte le surnom d’une radio de la haine

 

Pour rappel, le ministre Fidèle Gouandjika a nommé sa station Radio Voix du Peuple. Mais dans les rues de Bangui, personne ne l’appelle ainsi. Les auditeurs la surnomment radio Mille Collines, en référence directe à la radio rwandaise qui a appelé au massacre en 1994.

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Dérapages sur la radio de Fidèle Gouandjika : José Richard Pouambi affirme n’avoir pas connaissance des propos injurieux et défend la radio Mille Collines avec des arguments ridicules

 

En effet, ce surnom ne sort pas de nulle part. Il vient du ton des émissions, des procès improvisés sur les ondes et des insultes qui reviennent presque chaque jours. Gouandjika, ministre conseiller à la Présidence de la République, s’improvise lui-même animateur sur sa propre station. Quand une population donne un tel surnom à la radio d’un proche collaborateur du dictateur, elle envoie un message clair à ceux qui sont censés surveiller les médias.

 

José Richard Pouambi déclare n’avoir pas pris connaissance des propos haineux diffusés sur cette radio mille colline

 

Interrogé sur la différence de traitement entre les médias critiques du pouvoir et la radio Voix du Peuple de Fidèle Gouandjika, le président du Haut Conseil de la Communication (HCC), José Richard Pouambi, a répondu en affirmant ne pas être informé des propos diffusés sur cette station.

 

José Richard Pouambi répond par l’ignorance

 

Face à cette question, José Richard Pouambi a expliqué qu’il n’était pas informé des propos litigieux diffusés sur Voix du Peuple. Il a également indiqué qu’il avait échangé avec le promoteur de la station et qu’il pouvait demander au service de monitoring du HCC d’enregistrer les émissions afin de vérifier les faits.

 

Cette réponse ne convainc pas face à la nature des accusations évoquées. Les dérapages dénoncés ne concernent pas une émission isolée apparue récemment. Ils sont présentés comme des pratiques répétées sur plusieurs années, avec des interventions en direct visant des personnes identifiées.

 

À l’antenne, des interlocuteurs sont parfois appelés directement au téléphone pour être interpellés publiquement sur des questions d’argent, de dettes ou d’engagements qui leur sont reprochés. Certains échanges prennent alors la forme de pressions et de menaces verbales. Des personnes sont mises en demeure de payer avec des avertissements sur les conséquences qu’elles pourraient subir en cas de refus.

 

Ces séquences constituent précisément le type de contenu qu’un organe de régulation peut surveiller après diffusion. L’argument consistant à dire qu’il faut d’abord disposer d’enregistrements ne répond donc pas entièrement à la question de fond : pourquoi ces émissions n’ont-elles pas fait l’objet d’un monitoring régulier alors que les mêmes pratiques sont dénoncées depuis longtemps ?

 

Une différence de traitement dénoncée

 

Le journaliste de RNL n’a pas interrogé le président du HCC sur un simple incident. Il l’a placé face à une différence de traitement dénoncée dans le paysage médiatique centrafricain.

 

Lorsque certains médias ou journalistes tiennent des propos critiques à l’égard du pouvoir, le HCC peut rapidement engager des procédures et prononcer des sanctions. Des décisions peuvent intervenir quelques jours, quelques semaines ou quelques mois après les faits.

 

La situation apparaît différente lorsqu’il s’agit de médias considérés comme proches du pouvoir. Les critiques concernant Voix du Peuple se répètent, mais aucune mesure publique comparable n’est régulièrement annoncée contre cette station pour les pratiques dénoncées.

 

Le problème soulevé par le journaliste de RNL n’est donc pas seulement de savoir si José Richard Pouambi a personnellement entendu tel ou tel propos. Il porte sur l’application uniforme des règles à l’ensemble des médias.

 

Fidèle Gouandjika au centre des critiques

 

Voix du Peuple est promue par Fidèle Gouandjika, ministre-conseiller à la présidence de la République. Il intervient lui-même régulièrement sur les antennes de la station et participe directement à la présentation et au traitement de sujets diffusés au public.

 

Cette proximité avec le pouvoir nourrit les critiques sur le fonctionnement du régulateur. José Richard Pouambi est lui-même connu pour son engagement politique au sein du Mouvement cœurs unis (MCU), le parti du président Faustin-Archange Touadéra. Sa fonction à la tête du HCC impose pourtant que les décisions de l’institution soient prises selon les mêmes règles pour les médias proches du pouvoir comme pour ceux qui lui sont critiques.

 

Le débat ne porte donc pas sur le droit de José Richard Pouambi à avoir des opinions ou des engagements politiques. Il porte sur l’exercice de sa fonction de président du régulateur des médias.

 

Des appels en direct qui ressemblent à des procès

 

Les émissions de Voix du Peuple sont particulièrement critiquées pour la manière dont certaines personnes sont interpellées en direct.

 

Des appels téléphoniques sont effectués pendant les programmes. Les personnes visées sont sommées de s’expliquer ou de régler certaines sommes qui leur sont réclamées. Lorsque l’intéressé refuse ou ne répond pas aux exigences formulées à l’antenne, des menaces de poursuites ou d’autres représailles peuvent être évoquées.

 

La radio devient alors, selon ses détracteurs, un espace de confrontation publique où des personnes sont accusées, interrogées et mises sous pression sans passer par une procédure judiciaire.

 

C’est cette pratique qui explique notamment l’expression de « procès en direct » utilisée par certains auditeurs pour qualifier les programmes de la station.

 

Le monitoring annoncé après l’interpellation

 

José Richard Pouambi a finalement annoncé avoir demandé au service de monitoring du HCC de suivre et d’enregistrer les émissions concernées. Les éléments recueillis pourraient ensuite être examinés par le collège du régulateur.

 

Cette annonce intervient après l’interpellation directe du journaliste de RNL. Elle donne l’impression que le contrôle de la station est déclenché à la suite d’une question publique plutôt que par un dispositif permanent de surveillance.

 

Le président du HCC affirme ainsi vouloir désormais disposer d’éléments concrets avant de se prononcer sur d’éventuelles sanctions.

 

Cette position contraste avec la rapidité reprochée au HCC lorsqu’il s’agit d’autres médias. Pour ses détracteurs, le régulateur ne peut pas réclamer des preuves et des enregistrements uniquement lorsqu’il s’agit d’une station proche du pouvoir, alors que des mesures rapides sont prises contre d’autres médias sur la base de propos diffusés à l’antenne.

 

La question posée sur RNL reste donc entière : si le HCC est réellement le régulateur de l’ensemble des médias centrafricains, pourquoi les mêmes règles ne produisent-elles pas les mêmes réactions face aux mêmes types de dérapages ?

 

Par Anselme Mbata

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