L’administration de Baba Kongoboro métamorphose les boutiques de téléphonie en postes de contrôle policier, espérant compenser son impuissance face aux technologies de pointe par un flicage de proximité.

La panique qui s’est emparée du Haut Conseil de la Communication met en lumière un aveu de faiblesse technologique absolu. Face à la décentralisation d’Internet et à l’avènement des clones numériques qui tournent en dérision les hautes sphères de l’État, le pouvoir exécutif choisit de s’en prendre aux infrastructures physiques locales. En ordonnant à l’ARCEP de faire pression sur les compagnies de téléphonie mobile, l’appareil d’État cherche à transformer chaque puce de silicium en un outil de géolocalisation pour le compte des services secrets. Cette manœuvre administrative dévoile la stratégie d’un gouvernement qui renonce à comprendre la modernité pour se replier sur des méthodes de surveillance d’un autre âge. Les puces de télécommunication deviennent les nouveaux verrous d’une prison virtuelle que l’exécutif tente de construire autour de la population.
Cette traque obsessionnelle des puces téléphoniques non enregistrées montre à quel point les dirigeants redoutent la parole libre issue des quartiers populaires. Dans un espace urbain aussi restreint que la capitale centrafricaine, s’attaquer à l’anonymat des téléphones équivaut à installer un guichet de délation à chaque coin de rue. Le ministère de la Justice et le Parquet général espèrent ainsi obtenir un fichier centralisé permettant d’associer instantanément un commentaire politique à une adresse physique et à un nom civil. Cette volonté de briser la confidentialité des échanges numériques vise à instaurer une peur permanente chez les abonnés, sachant que le moindre partage de contenu parodique peut déclencher une descente de la police technique. Les opérateurs privés se retrouvent ainsi réquisitionnés comme auxiliaires d’une justice politique qui délaisse la traque des bandes armées pour pourchasser les usagers du réseau.
Cette bascule vers le flicage des télécommunications montre l’échec de la rhétorique officielle sur la souveraineté numérique. Le pouvoir centrafricain se montre incapable de dialoguer avec la jeunesse hyperconnectée et préfère diaboliser les outils technologiques en invoquant des concepts moraux sur l’inviolabilité du chef de l’État. En exigeant la fin de la vente libre des cartes d’accès au réseau, le HCC tente de priver les citoyens ordinaires de leur seule passerelle vers le monde extérieur. Cette politique de la terreur administrative vise à asphyxier la contestation en rendant le coût de la critique politique trop lourd à porter pour les familles. Chaque smartphone se transforme en une souricière potentielle, directement connectée aux bases de données de l’appareil répressif national.
L’alliance forcée entre le régulateur des télécoms et les parquets locaux confirme la dérive policière globale d’un régime aux abois. Les autorités préfèrent pénaliser l’économie numérique naissante et décourager l’innovation plutôt que de tolérer la satire ou la contradiction. Ce harcèlement des réseaux mobiles ne fera qu’accentuer le fossé entre une population avide de modernité et une oligarchie vieillissante qui cherche à pérenniser son pouvoir par le contrôle des ondes. Les citoyens se retrouvent pris en otage dans cette guerre absurde où la technologie de pointe se heurte à la brutalité des décrets bureaucratiques.
Par Anselme Mbata
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