Audition devant le parquet et parodie judiciaire de Pascal Bida Koyagbele : quand un procès-verbal devient un tract de propagande et de délation politique

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Audition devant le parquet et parodie judiciaire de Pascal Bida Koyagbele : quand un procès-verbal devient un tract de propagande et de délation politique

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

L’analyse du document d’audition de monsieur Pascal Bida Koyagbele par le parquet de Bangui circulant depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux confirme comment l’institution judiciaire centrafricaine se transforme en un outil de positionnement idéologique et de délation publique.

 

Ce document, attribué à la magistrate Marilac Zydie Magna, ressemble fort peu à un acte d’instruction rigoureux. Les fautes matérielles grossières dès l’en-tête, avec la mention d’une enquête à partquet ou l’orthographe tronquée de l’année deux mil vngt six, trahissent une précipitation suspecte. Un texte officiel émanant d’une telle instance ne saurait tolérer ces approximations.

Plus encore, la structure changeante des intertitres, passant de la formule classique des questions et réponses à des sigles changeants, indique que la forme juridique n’est qu’un habillage pour diffuser un message d’une autre nature.

Au-delà des carences techniques, le fond des déclarations de Pascal Bida Koyagbele montre une mise en scène politique. Interrogé sur des soupçons de déstabilisation des institutions, le ministre coordonnateur de la cellule des Grands Travaux ne choisit pas une défense factuelle ou juridique. Il se lance dans une diatribe idéologique axée sur un panafricanisme de façade, utilisé ici comme un bouclier de protection.

Le suspect insiste lourdement sur sa seule appartenance centrafricaine, alors même que l’état civil mentionne sa naissance à Paris et sa filiation maternelle française. Ce reniement opportuniste vise à s’acheter une impunité en se proclamant le gardien d’une orthodoxie politique radicale.

Cette posture de fidélité absolue cache pourtant un passé de reniements successifs qui éclaire la véritable nature du personnage. Pascal Bida Koyagbele a été un acteur central et particulièrement influent sous le régime de François Bozizé, de 2003 à 2013. Durant cette décennie, il a accumulé les opportunités commerciales et les affaires juteuses grâce à sa proximité avec le pouvoir. Sa complicité avec l’ancien président était telle qu’au moment de la chute du régime, il se trouvait à bord de l’avion qui transportait le chef de l’État déchu vers l’exil. Celui que François Bozizé considérait alors comme son propre fils n’a pourtant pas hésité à retourner sa veste dès son retour à Bangui, abandonnant son mentor pour prêter allégeance au nouveau pouvoir.

Ce passif de transfuge jette un doute sur la sincérité de ses déclarations actuelles. Aujourd’hui, Pascal Bida Koyagbele change de costume et qualifie Faustin Archange Touadéra de père spirituel et politique, jurant qu’il préfère la mort à la trahison. Pourtant, l’histoire démontre qu’il a déjà trahi l’homme qui l’avait installé au sommet de l’État. En se livrant désormais à des accusations véhémentes contre François Bozizé dans ce procès-verbal, il tente de faire oublier ses anciennes amours politiques.

Cette propension au revirement opportuniste montre qu’un homme capable de renier son premier protecteur après avoir partagé son exil peut parfaitement réitérer cette manœuvre. Les gages de fidélité étalés dans ce document apparaissent ainsi comme des manipulations grossières destinées à endormir la vigilance de la présidence actuelle, alors même que le suspect possède le profil type de l’allié instable, prêt à faire défection dès que le vent tournera.

Le pivot de cette audition repose sur la construction d’une allégeance absolue envers l’Empereur-président Faustin Archange Touadéra. L’auditionné répète à l’envi des formules de soumission, qualifiant le président de père qui l’a fabriqué politiquement et élevé socialement. En proclamant qu’il préfère mourir plutôt que de servir la France sa patrie, Pascal Bida Koyagbele enferme la position diplomatique de la présidence dans une posture de rupture totale.

Cette radicalité verbale expose les contradictions d’un régime qui, en coulisses, maintient pourtant des canaux de discussion ouverts avec les partenaires internationaux.

Mais pour un avocat stagiaire contacté par notre rédaction, la ligne de défense construite par Bida Koyagbale repose essentiellement sur une allégeance servile, totalement dépourvue de preuves juridiques susceptibles de démonter son non-implication dans le présumé coup d’État dans lequel son nom apparaît.

Devant la magistrate, il a préféré se mettre littéralement à genoux devant Faustin-Archange Touadéra, le qualifiant de « père » et admettant implicitement que sans lui, il ne serait rien. Une tentative désespérée de rachat politique qui, loin de l’innocenter, trahit surtout sa panique face aux accusations de déstabilisation qui pèsent contre lui.

Cette pièce administrative sert également de tribune pour l’épuration politique et le règlement de comptes internes. Au fil des questions, Pascal Bida Koyagbele aligne les noms des figures de l’opposition, de Karim Mekassoua à François Bozizé, en passant par Anicet Dologuélé et Crépin Mboli Goumba, pour les désigner comme des valets de l’étranger.

La démarche ne s’arrête pas aux adversaires déclarés. La fin du document laisse transparaître une guerre des clans féroce au sein même du premier cercle présidentiel. En évoquant des détracteurs qui cherchent à diviser le camp présidentiel et à l’éloigner du chef de l’État, le suspect utilise le tribunal pour sécuriser son poste et neutraliser ses rivaux directs. La publication de ce rapport montre la volonté d’exposer publiquement ces gages de fidélité.

 

Par Alain Nzilo

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