
Dans son interview exclusive avec Jean-Fernand Koéna et Éric Sabbé, Maître Crépin Mboli-Goumba, coordinateur du BRDC et président du parti PATRIE, aborde longuement la situation explosive à l’Est de la République Centrafricaine. Il rejette toute idée de solution militaire contre les Zandé sur la terre de leurs ancêtres.
Il rappelle que les royaumes zandés ont été formés sur ce territoire qui deviendra plus tard la République Centrafricaine. Il y a deux millions de Zandé en RCA et un million au Soudan du Sud. Si ces Zandé du Sud-Soudan rentraient en RCA, cela changerait la démographie et obligerait à prendre les Zandé au sérieux. Mais il insiste : « Si j’étais à la tête des Anikoubé, je n’aurais même pas eu besoin d’acheter une seule arme pour régler le problème zandé ». La force ne résout rien. « On ne peut pas gagner cette guerre contre les Zandé sur la terre de leurs ancêtres par la force. Il faut régler le problème en profondeur et intégrer les Zandé dans la République. C’est tout ce qu’ils demandent. »
Mboli-Goumba dénonce les accusations montées contre lui. Un plan a été mis en place au palais pour lui attribuer la responsabilité des troubles via les Anikoubé. Un ami proche du pouvoir l’avait prévenu : « À partir de demain, il y a des articles qui vont commencer à sortir ». Les articles sont sortis comme prévu. On a voulu l’essentialiser, le réduire à sa dimension ethnique. Il est fier d’appartenir au peuple zandé, membre de la famille des fondateurs des royaumes zandés (Ngura), mais il est né à Bangassou, a grandi là-bas, sa mère est née à Kitika, il descend du dernier grand sultan de Bangassou, Bari Nduba.
Il explique que les Zandé n’ont pas de problème avec les musulmans : ils ont défait le Mahdi en 1898 à la bataille de Mburekhiye, ce qui leur a permis de rester animistes puis chrétiens. Rafaï est musulman, il y a des Zandé musulmans depuis longtemps (Derbaki, Derbissaka). Le vrai problème à l’Est vient d’ailleurs : depuis l’indépendance, cette partie du pays est abandonnée. Pas d’infrastructures, pas de routes, pas d’écoles. Priver d’instruction empêche une composante de la nation de participer à la gouvernance.
Les Anikoubé ont été formés avec l’aide de Wagner. Un communiqué des Anikoubé disait que Wagner leur enseignait que les hommes de l’UPC étaient des envahisseurs qu’il fallait tuer. Une fois forts, les Anikoubé se sont vengés sur leurs frères sur la même terre. De part et d’autre, il y a eu des tragédies. Le gouvernement opte pour une solution militaire par proxy (via Wagner), mais Mboli-Goumba prévient : aucune force d’occupation n’est éternelle. Si ces forces se retirent, on se retrouvera entre Centrafricains, avec une crise supplémentaire.
Il dénonce le mépris du gouvernement : le porte-parole parlait d’« écraser » ces familles qui souffrent. On a laissé flotter le drapeau d’un pays étranger (Boki) pendant deux ans sans réaction. La monnaie utilisée là-bas est essentiellement la monnaie soudanaise. Cette partie du pays s’appelait les territoires autonomes du Haut-Oubangui depuis 1892. Les habitants ont choisi la RCA, mais l’État n’a rien fait pour eux. Au contraire, on les traite avec mépris.
Mboli-Goumba appelle à la responsabilité du chef de l’État : à l’Est, il n’y a point de solution militaire. Il faut intégrer les Zandé, ouvrir une vraie enquête judiciaire sans politisation. Annoncer le même jour qu’une enquête est ouverte et que les auteurs intellectuels sont à Bangui, c’est irresponsable. Il faut prendre la mesure de la gravité pour éviter un coup de plus à l’unité nationale. La nation centrafricaine a besoin de tous ses fils.
Par Gisèle MOLOMA
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