Réunis à Source Youbou, Soudan du sud, par la Plateforme Religieuse, les déplacés de Bambouti ont entendu des mots du préfet Léonard Mbélé qui ont choqué tous les participants

Rédigé le 18 février 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
À Source Youbou, une localité frontalière du Soudan du sud, une réunion censée redonner espoir aux déplacés de Bambouti a pris une tournure inattendue, quand le préfet Léonard Mbélé a pris la parole devant tous.
La ville centrafricaine de Bambouti, petite ville d’environ 3 000 habitants située à l’extrême sud-est de la République Centrafricaine, est aujourd’hui complètement vide.
En effet, tout a basculé le 28 décembre 2025 dans la matinée, quand des miliciens azandés attaquent les positions des Forces Armées Centrafricaines. Les soldats, débordés, abandonnent leurs postes et se réfugient pour certains dans la base de la MINUSCA. La ville se vide dans la panique.
Ce départ précipité des soldats n’est pourtant que le début du cauchemar. Le 1er janvier 2026, à 5 heures du matin, les mercenaires russes venus de la ville d’Obo, à une centaine de kilomètres, lancent une contre-offensive avec des frappes aériennes et des bombardements qui durent jusqu’à 15 heures. Les miliciens azandés finissent par se replier, mais la population civile, prise en étau, s’enfuit en masse. Des familles entières traversent la frontière pour se réfugier dans le village de Source Youbou, au Soudan du Sud.
Depuis lors, plusieurs missions se succèdent pour convaincre ces déplacés de rentrer chez eux. Mais les habitants refusent, et leurs raisons sont concrètes et lourdes. Les soldats FACA et les mercenaires russes posent des conditions qui rendent tout retour impossible : ils interdisent l’entrée à quiconque porte des traces de lame sur le corps, ces marques culturelles traditionnelles gravées dans la chair que portent pourtant la quasi-totalité des hommes et femmes de la région. En clair, selon cette logique, presque personne ne peut rentrer.
Et ce n’est pas tout. Des hommes qui tentent malgré tout de retourner à Bambouti pour récupérer leurs affaires sont arrêtés sur place, frappés et torturés par les soldats FACA, parfois par les mercenaires du groupe Wagner. La nouvelle se répand rapidement à Source Youbou et renforce la peur de ceux qui hésitaient encore. Rentrer, dans ces conditions, c’est risquer sa vie.
C’est dans ce climat tendu que la Plateforme des Confessions Religieuses, dont fait partie l’archevêque catholique Aurelio Gazzera, se rend à Source Youbou le 17 février 2026 pour rencontrer les déplacés. Le préfet du Haut-Mbomou, le colonel Léonard Mbélé, se joint à la délégation escortée par la MINUSCA. L’espoir est là, les déplacés attendent des paroles qui pourraient changer la donne.
Mais ce que le préfet dit ce jour-là dépasse l’entendement. Face aux témoignages de la population sur les violences subies, les humiliations et les conditions imposées pour rentrer, Léonard Mbélé répond que le retour à Bambouti dépend uniquement des habitants eux-mêmes. Il affirme que ce ne sont pas les militaires qui sont allés provoquer la population, mais bien les Azandés qui ont attaqué l’armée en premier. Ceux qui veulent rentrer peuvent rentrer, ceux qui ne veulent pas peuvent rester, dit-il, comme si la décision était libre et sans danger.
En tenant ces propos, le préfet fait quelque chose de particulièrement grave : il met dans le même sac les miliciens azandés qui ont pris les armes et les simples civils qui vivaient à Bambouti. Pour lui, la population et les combattants ne forment qu’un seul groupe. Cette confusion, dans le contexte centrafricain, n’est pas une simple maladresse de langage, c’est une manière de justifier les violences contre des personnes qui n’ont rien à voir avec les affrontements armés.
Ce que Léonard Mbélé refuse également de voir, c’est que la colère dans cette région ne vient pas de nulle part. Avant même l’attaque de décembre, les soldats FACA avaient semé le ressentiment au sein de la population par des comportements devenus insupportables au fil du temps. Ils confisquaient les marchandises des enfants qui allaient vendre des bananes aux Casques bleus népalais, buvaient l’alcool des habitants sans jamais payer, et répondaient par des insultes à quiconque osait réclamer son dû.
À ces humiliations s’ajoutait quelque chose de plus douloureux encore. Des anciens miliciens azandés, désarmés et officiellement intégrés dans l’armée nationale, avaient quitté leurs familles pour rejoindre les rangs. Pendant leur absence, des soldats s’introduisaient chez eux et draguent leur épouse restées seules. Ces actes, répétés et jamais sanctionnés, ont nourri une rage sourde chez les hommes encore dans la brousse et contribué à rendre l’explosion de décembre inévitable.
Le colonel Léonard Mbélé, qui a déjà exercé la fonction de préfet dans la Vakaga, une autre région reculée et agitée du nord-est centrafricain, connaît la réalité de ces territoires où l’État n’existe souvent qu’à travers le fusil d’un soldat. Malgré cela, devant des milliers de personnes qui ont tout perdu et qui cherchaient un signe sincère pour rentrer chez elles, il a choisi de défendre l’armée plutôt que de protéger les civils qui relevaient pourtant de sa responsabilité directe.
Par Éric Nzapa
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