Gomon: un simple bonjour à une jeune fille lui coûte son emploi, la jalousie chinoise frappe encore sur un site minier

Rédigé le .
Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Sur le site de l’Industrie Minière Centrafricaine (IMC) à Gomon, situé à 20 kilomètres de Yaloké, la jalousie d’un responsable chinois transforme un banal échange entre connaissances en cauchemar professionnel pour un conducteur des camions.
Le site de Gomon n’en est pas à sa première polémique. Géré par l’Industrie Minière Centrafricaine (IMC) qui exploite plusieurs sites dans le pays , notamment dans l’Ombella-Mpoko et la Nana-Mambéré , ce lieu est devenu tristement célèbre ces derniers mois.
On se souvient encore de l’incident au cours duquel des soldats chargés de la sécurisation du site avaient violemment frappé des civils, hommes et femmes, coupables d’avoir récupéré dans les poubelles des résidus de sable aurifère jetés par les exploitants chinois. Les images de ces tortures avaient largement circulé sur les réseaux sociaux, provoquant une vague d’indignation au sein de la population centrafricaine, au déla de Gomon.
C’est dans ce climat déjà tendu qu’une nouvelle affaire vient éclabousser le site minier de Gomon. La semaine dernière, le chef du site étant parti en congé, c’est son adjoint chinois qui assurait l’intérim. Cet homme aurait jeté son dévolu sur une jeune Centrafricaine récemment embauchée comme domestique sur la base pour laver les vêtements des employés chinois.
Mais ce que le responsable chinois ignorait, c’est que cette jeune femme connaissait déjà un conducteur des camions de l’entreprise, employé depuis trois ans au sein d’IMC à Gomon. Ils se côtoyaient dans le même quartier, dans le même village, sans pour autant être liés par une relation amoureuse. De simples connaissances de voisinage, rien de plus.
Lors de son passage sur le site, le conducteur croisa par hasard la jeune femme. Ils échangèrent quelques mots, un simple bonjour accompagné de nouvelles du quartier. Rien de plus banal entre voisins qui se retrouvent sur un lieu de travail commun.
Pourtant, cet échange simple fut observé par le responsable chinois, qui ne tarda pas à montrer des signes de jalousie exacerbée. Interprétant mal cette rencontre fortuite, il imagina une relation qui n’existait pas et décida de se venger du conducteur qu’il percevait désormais comme un rival.
Le responsable chinois se rendit aussitôt auprès du sous-lieutenant en charge de la sécurité du site de Gomon. Sans la moindre preuve, il affirma que le conducteur avait volé du carburant et exigea même que le soldat arrête l’employé et le frappe durement.
Bien que les soldats présents sur ces sites obéissent souvent aveuglement aux directives des responsables chinois, le sous-lieutenant, cette fois, fit preuve de discernement. Il se rendit sur le lieu de travail du conducteur et interrogea le responsable chinois local, qui affirma n’être au courant d’aucun vol.
Une fouille du domicile du conducteur fut également menée, sans qu’aucun carburant ne soit retrouvé. Face à ces éléments, le sous-lieutenant refusa de frapper l’employé, estimant qu’il n’y avait aucune preuve justifiant une telle violence.
Cette décision mit le responsable chinois dans une colère noire. Il insista lourdement, exigeant que le soldat passe outre les faits et frappe quand même le conducteur, mais le militaire tint bon.
Après avoir retenu l’employé depuis 8 heures du matin, il le libéra finalement vers 15 heures. Le sous-lieutenant estimait qu’il n’y avait aucune raison valable de maintenir cet homme en détention pour une accusation manifestement infondée.
Humilié par ce refus et incapable de se venger physiquement, le responsable chinois opta pour une autre forme de punition. Le licenciement immédiat du conducteur fut prononcé sans ménagement, balayant d’un revers de main trois années de service, de loyauté et de travail sur le site de Gomon.
Aucun préavis ne fut accordé, aucun motif légitime ne fut invoqué. Pire encore, le conducteur ne disposait même pas d’un contrat de travail en bonne et due forme qui aurait pu le protéger contre un tel abus.
Cette situation pousse les observateurs à s’interroger : comment un travailleur peut-il être licencié aussi facilement après trois ans de service, sans même disposer d’un contrat écrit ? La réponse se trouve dans les carences graves du système de contrôle du travail en Centrafrique.
L’Inspection du travail et le ministère en charge de ce secteur semblent totalement absents du terrain. Aucune vérification sérieuse n’est effectuée pour s’assurer que les entreprises, qu’elles soient chinoises ou autres, respectent le droit du travail centrafricain.
Cette absence de contrôle laisse libre cours à tous les abus. Les travailleurs centrafricains sur les sites miniers chinois sont ainsi livrés à eux-mêmes, sans protection juridique ni recours effectif.
Les responsables chinois font ce qu’ils veulent, bénéficiant d’une totale impunité. Et lorsque des voix s’élèvent pour dénoncer ces dérives, l’ambassade de Chine intervient, non pas pour corriger les comportements de ses ressortissants, mais pour faire taire les critiques.
Des pressions sont exercées, notamment sur le Haut Conseil de la Communication, afin de discréditer les témoignages et les dénonciations. Pourtant, ni l’ambassade de Chine ni le Haut Conseil ne se sont déplacés sur le terrain pour constater par eux-mêmes la réalité des faits.
Ils préfèrent se contenter de déclarations officielles et de communiqués, loin des réalités vécues quotidiennement par les travailleurs centrafricains. Cette attitude confirme un problème plus vaste : celui de la complicité passive, voire active, de certaines autorités nationales et locales qui perçoivent chaque mois de salaires versés par ces chinois.
En effet, les sommes d’argent versées par les entreprises chinoises aux autorités locales et nationales achètent leur silence. Ces montants permettent de fermer les yeux sur les violations des droits des travailleurs, sur les conditions de travail indignes, et sur les humiliations quotidiennes subies par les Centrafricains.
Tant que cet argent continuera de circuler, les autorités resteront les bras croisés. Elles laisseront leurs compatriotes souffrir en silence, sans jamais intervenir pour faire respecter les lois du pays.
Le cas de ce conducteur licencié pour un simple bonjour échangé avec une connaissance de quartier n’est donc pas une exception. Il est l’exemple parfait d’un système défaillant où les droits des travailleurs sont bafoués, où la dignité humaine est méprisée, et où l’argent dicte la loi.
Tant que les institutions centrafricaines ne reprendront pas leur rôle de régulation et de protection, ces abus continueront. Les travailleurs resteront à la merci de dirigeants étrangers qui ne répondent de leurs actes devant personne, et l’injustice perpétuera son règne sur les sites miniers du pays.
Par Arsène Zato
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