Centrafrique : quand les soldats FACA réinstallent leur checkpoint de racket près de Koumboli, à 5 km de Zémio et pillent la population

Rédigé le 10 décembre 2025 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Dans un pays où les exactions des forces armées se multiplient sans la moindre sanction, ces criminels en uniformes se croient au dessus de la loi. Et c’est exactement ce qui se passe dans notre pays, en République centrafricaine. Le cas de la ville de Zémio confirme parfaitement cette dérive des hommes en uniforme.
En effet, les exactions des forces de l’ordre, notamment les soldats FACA à Zémio, dans la préfecture du Haut-Mbomou, montrent une fois de plus la dérive sécuritaire qui continue de déstabiliser la République centrafricaine. Alors que le commandement militaire devrait assurer la protection des populations, les soldats déployés dans cette région du sud-est se sont transformés en véritables bandits en uniforme, imposant un système de racket organisé sur des civils déjà traumatisés par des mois de violence.
L’histoire récente de Zémio porte encore les traces d’une période sombre qui a débuté en avril 2025. Des affrontements d’une extrême violence ont alors opposé miliciens Azandé, soldats FACA, policiers, gendarmes, les casques bleus de la Minusca et mercenaires russes dans une spirale meurtrière qui a coûté la vie à de nombreux combattants de tous bords, mais surtout à une population civile prise en étau. Face à l’intensité des combats et à l’insécurité généralisée, les habitants de Zémio et des villages environnants ont pris le chemin de l’exil, traversant massivement la frontière vers la République démocratique du Congo voisine. L’exode fut massif et la situation catastrophique pour ces familles contraintes d’abandonner leurs terres, leurs maisons et leurs moyens de subsistance.
Plusieurs mois plus tard, la situation s’est quelque peu apaisée dans la région. Les armes se sont tues et un calme précaire s’est installé à Zémio. Encouragées par cette accalmie et poussées par la nécessité économique, les populations réfugiées en RDC ont commencé à revenir progressivement. Leur objectif est simple : cultiver leurs champs, reprendre leurs activités et tenter de reconstruire ce que la guerre a détruit. Mais ce retour, loin d’être facilité par les forces de l’ordre, se transforme en véritable calvaire à cause de l’avidité des soldats censés assurer leur sécurité.
Les premiers obstacles sont apparus dès la frontière. Les éléments des FACA ont installé une barrière aux abords de la rivière qui marque la limite entre les deux pays, transformant ce point de passage en poste de racket. Pour chaque citoyen centrafricain souhaitant rentrer chez lui, il faut désormais s’acquitter d’une somme d’argent importante. Les soldats ne cherchent même plus à dissimuler leurs intentions : ce qui les intéresse, c’est racketter la population. Le retour au pays, qui devrait être un droit fondamental, est devenu un commerce lucratif pour ces militaires sans scrupules.
Mais cette première barrière ne suffisait apparemment pas à satisfaire l’appétit financier des FACA. Un nouveau checkpoint vient d’être installé à trois kilomètres du village de Koumboli, lui-même situé à cinq kilomètres de Zémio. Ce positionnement stratégique n’a rien d’anodin. Les populations des villages environnants, dont Koumboli, ont repris leurs activités agricoles et approvisionnent désormais la ville de Zémio en produits vivriers. En effet, les habitants de Zémio qui avaient fui en RDC n’ont pas pu cultiver pendant leur exil et se retrouvent aujourd’hui en situation de pénurie alimentaire, dépendant des denrées produites dans les villages périphériques.
C’est précisément sur ce flux commercial vital que les soldats FACA ont décidé de prélever leur dîme. Au checkpoint installé avant Koumboli, les paysans qui transportent leurs produits agricoles vers Zémio sont automatiquement arrêtés. Après avoir vendu leurs marchandises en ville, ils doivent payer pour franchir le barrage au retour. Mais le racket ne s’arrête pas à cette taxe illégale. Certains soldats, décrits comme particulièrement crapuleux et criminels, se livrent à des fouilles en règle sur les villageois. On ne sait pas précisément ce qu’ils cherchent lors de ces fouilles, mais l’humiliation et l’intimidation sont manifestes. Ces pratiques rappellent les méthodes de véritables bandits de grand chemin, sauf que ces bandits portent l’uniforme de l’armée nationale.
La population locale se trouve ainsi prise au piège d’un système absurde. D’un côté, elle doit nourrir Zémio pour survivre économiquement. De l’autre, chaque voyage vers la ville devient une épreuve financière et psychologique. Mais le plus inquiétant dans cette affaire reste les menaces proférées par les militaires eux-mêmes. Les soldats ont explicitement averti la population : si quelqu’un ose rapporter leurs agissements au commandant, ils reviendront brûler le village de Koumboli. Cette menace n’est pas vaine puisque ces mêmes soldats avaient déjà incendié des habitations dans le passé. Le message est clair : silence et soumission, ou représailles collectives.
Cette stratégie d’intimidation montre que ces militaires savent très bien que leurs actes sont illégaux. S’ils menacent la population en cas de dénonciation, c’est bien parce qu’ils savent que leur commandant pourrait, en théorie, intervenir. Mais le commandant en question, un certain Banafio, semble lui-même être partie prenante de ce système de corruption généralisée. Décrit comme particulièrement crapuleux, Banafio représente l’échec total de la chaîne de commandement militaire en Centrafrique. Comment imaginer qu’un officier digne de ce nom puisse tolérer de telles pratiques de la part de ses hommes, à moins d’en être complice ou bénéficiaire ?
La situation à Zémio n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des dérives des forces de sécurité centrafricaines. Partout dans le pays, les FACA se rendent coupables d’exactions qui dépassent l’entendement, dans une impunité totale. Aucun mécanisme de contrôle ne semble fonctionner. Aucune sanction n’est prononcée. Aucune enquête n’est diligentée. Les autorités civiles et militaires restent silencieuses face à ces abus systématiques, laissant le champ libre à des soldats qui se comportent comme des seigneurs de guerre dans leurs fiefs respectifs. Cette absence totale de réaction du commandement militaire et des plus hautes autorités de l’État pose des questions sur la gouvernance du pays. Comment peut-on prétendre exercer une quelconque autorité sur le territoire national quand les représentants de l’État eux-mêmes terrorisent, rackettent et menacent les populations qu’ils sont censés protéger ?
À Zémio, les habitants qui ont survécu aux violences d’avril dernier, qui ont connu l’exil et qui tentent aujourd’hui de reconstruire leur vie, se retrouvent victimes d’un nouveau système d’oppression. Le checkpoint installé entre Koumboli et Zémio montre l’échec complet de l’État centrafricain à garantir les droits les plus élémentaires de ses citoyens. La liberté de circulation, le droit de commercer, la protection contre les abus de pouvoir : autant de principes bafoués quotidiennement par ceux-là mêmes qui portent l’uniforme national.
Par Solongbo Mathias….
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