Bossangoa : arrestation du proviseur du lycée et de plusieurs enseignants transférés à Bangui pour crime de lèse-majesté électorale

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Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Gbate Benjamin, proviseur du lycée de Bossangoa, et plusieurs de ses enseignants croupissent désormais dans les geôles de la section de recherche et d’investigation de la gendarmerie à Bangui. Leur faute : avoir rapporté sur les procès-verbaux le nombre réel des voix obtenues par le MCU lors du scrutin du 28 décembre.
L’enseignement secondaire est en crise à Bossangoa depuis que les autorités ont décidé de punir tous les enseignants qui ont supervisé les Élections présidentielles. Ce qui devait être un exercice démocratique ordinaire s’est transformé en cauchemar pour des fonctionnaires qui pensaient simplement accomplir leur devoir.
En effet, il y’a quelques jours, les gendarmes centrafricains ont procédé à l’arrestation de tous les membres du bureau de vote à Bossangoa après la transmission des résultats. Dans chaque bureau supervisé par ces enseignants, le candidat du pouvoir, Faustin-Archange Touadera, n’a obtenu qu’une poignée de voix. Après dépouillement, les scores tournaient autour de 3 à 4 % tout au plus, loin des attentes du régime.
Ces chiffres ont déclenché une colère venue directement de la présidence de la République. Les responsables du bureau ont pourtant suivi la procédure habituelle : décompte des bulletins, calcul des pourcentages, remplissage des formulaires officiels. Mais leur honnêteté dans la retranscription des voix obtenues par chaque candidat leur vaut aujourd’hui d’être traités comme des conspirateurs.
Guenero, Betourou Armel et d’autres collègues ont rejoint le proviseur dans les cellules de la SRI à Bangui, acheminés par la gendarmerie. Seule Ganazoui Nina a échappé temporairement à cet engrenage grâce à l’intervention de la Minusca qui l’a évacuée vers la capitale avant qu’elle ne se fonde dans un quartier de Bangui.
Le pouvoir accuse ces fonctionnaires d’avoir trahi le parti MC qui les aurait placés dans ces bureaux. Selon la version officielle, ils auraient été recrutés et payés spécifiquement pour gonfler les résultats en faveur du président sortant. Leur refus d’arranger les statistiques est désormais considéré comme une trahison calculée.
Le gouverneur de la préfecture a autorisé ces arrestations qui ont frappé l’ensemble du personnel électoral. Les “grosses têtes” ont été envoyées à la section de recherche de la gendarmerie nationale à Bangui, tandis que d’autres membres jugés moins importants demeurent détenus à la gendarmerie de Bossangoa. Quelques-uns ont obtenu leur liberté après que leurs familles aient négocié, profitant de l’absence de plainte formelle.
Les accusations restent vagues malgré les semaines d’incarcération. On parle de malhonnêteté envers le parti, de sabotage délibéré, de comportement suspect, sans jamais préciser quelle loi aurait été violée. Les détenus attendent dans le flou le plus complet, ignorant ce qu’on leur reproche exactement sur le plan juridique.
Depuis la reprise des cours en janvier, le lycée reste fermé. Les salles de classe demeurent vides, les élèves attendent chez eux le retour de leurs professeurs. Sans proviseur ni une grande partie du corps enseignant, l’établissement ne peut tout simplement pas reprendre ses activités normales.
Les familles des enseignants emprisonnés multiplient les démarches entre la gendarmerie et leurs domiciles. L’angoisse grandit à mesure que les jours s’écoulent sans information officielle sur le sort réservé aux détenus. Certains parlent à voix basse d’une volonté d’intimider tous ceux qui pourraient être tentés de rapporter la vérité lors des prochains scrutins.
Les autres villes de la région auraient “respecté les consignes” selon les termes employés par les autorités. Seul Bossangoa aurait failli en rapportant des scores considérés comme une offense au régime. Le message adressé aux futurs agents électoraux devient transparent : superviser un bureau de vote nécessite d’afficher des résultats d’au moins 80 ou 90 % en faveur du pouvoir.
Plusieurs enseignants toujours détenus localement attendent de savoir ce qu’il adviendra d’eux. Leurs collègues libérés n’osent pas retourner au lycée, redoutant une nouvelle vague d’interpellations. L’année scolaire de centaines d’élèves se trouve compromise par cette affaire qui perdure sans perspective de résolution rapide.
Les va-et-vient entre les différents lieux de détention continuent sans qu’aucune échéance ne se dessine. Personne ne sait combien de temps durera cette épreuve ni quand les enseignants pourront retrouver leurs classes. L’éducation reste figée dans cette ville du nord pendant que les autorités maintiennent leur position
Par Arsène Féimonazoui
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