
Le trafic de tramadol du réseaux de Wagner en Centrafrique, déjà largement annoncé par le CNC, fait désormais l’objet d’une enquête du Wall Street Journal. Le quotidien américain décrit un système organisé autour du fleuve l’Oubangui, reliant trafic de drogue, exploitation de l’or et contrôle de routes commerciales.
Le reportage publié en juillet 2026 apporte plusieurs éléments sur un phénomène que la rédaction du CNC avait déjà documenté depuis plus d’un an. Il décrit la présence persistante des éléments criminels du groupe Wagner dans le nord-ouest de la République centrafricaine et leur implication dans la circulation de tramadol fortement dosé.

Le Wall Street Journal estime jusqu’à 1500 le nombre des combattants de Wagner encore présents dans le pays. Selon son enquête, ces hommes sont installés notamment dans les zones difficiles d’accès situées autour du cours supérieur de l’Oubangui. Le journal présente cet espace comme un centre d’activités liées à l’or, au bois et au trafic de tramadol.
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Un circuit qui passe par la RDC
Le circuit décrit par le quotidien américain commence en Inde. Le tramadol est ensuite acheminé vers la République démocratique du Congo avant de rejoindre la Centrafrique par l’Oubangui.
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Une fois arrivé dans le pays, le produit est redistribué vers Bangui et d’autres villes. Des motos et de petits camions assurent ensuite une partie du transport vers les marchés et les zones minières.
Les comprimés fortement dosés constituent une particularité du marché centrafricain. Alors que les dosages thérapeutiques courants se situent généralement entre 50 et 100 milligrammes, des comprimés de 200 milligrammes ou davantage sont largement disponibles sur le marché parallèle.
Le rapport publié en juin 2026 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC) décrit lui aussi la Centrafrique comme un pays de destination et de redistribution du tramadol fortement dosé. L’organisation classe ce produit parmi les marchandises qui alimentent les économies criminelles liées aux conflits dans le pays.
Le tramadol dans les zones minières
L’enquête américaine établit également un lien entre le commerce du tramadol et les activités minières contrôlées par les réseaux liés à Wagner, notamment à Boda, Ndachima et Yédéré, voir aussi d’autres villes.
Des travailleurs des sites aurifères consommeraient ces comprimés afin de supporter de longues heures de travail. Le produit circule ainsi dans des espaces où l’exploitation de l’or constitue déjà une importante source de revenus pour les réseaux armés.
Le Wall Street Journal rapporte également que le tramadol est consommé par des combattants à fortes doses. Le produit est recherché pour ses effets sur la fatigue, la douleur et la peur.
Nathalia Dukhan, chercheuse à la GI-TOC citée par le journal américain, décrit une consommation particulièrement élevée dans les zones de combat. La GI-TOC indique de son côté que le tramadol fait partie des produits qui circulent à travers les réseaux criminels et les zones contrôlées par des acteurs armés.
Le CNC avait déjà documenté ce commerce
Bien avant la publication du reportage du Wall Street Journal, la rédaction du CNC avait enquêté sur la circulation du tramadol en Centrafrique et sur les réseaux de Wagner via le commandant Yarkokpa de la garde présidentielle ainsi que du directeur de l’OCLAD.
Dans un article publié en juillet 2025, le CNC avait documenté l’implication des mercenaires russes dans un commerce organisé du tramadol et décrit les circuits reliant l’étranger aux différentes régions du pays.
D’autres enquêtes publiées par le CNC avaient également recueilli des témoignages sur la circulation du produit dans les villes centrafricaines. À Ndélé, des habitants avaient notamment accusé des éléments de Wagner de contrôler une partie du commerce du tramadol, alors que ces mêmes hommes procédaient à des saisies du produit transporté par des commerçants et des voyageurs.
Ces informations prennent une nouvelle dimension avec l’enquête du Wall Street Journal. Le quotidien américain a recoupé le phénomène auprès de chercheurs, de commerçants et d’un ancien membre de structures liées à Wagner. Son enquête décrit à son tour une organisation reliant l’approvisionnement extérieur, les routes de transport, la distribution en Centrafrique et les activités minières. (The Wall Street Journal)
Un marché qui dépasse les frontières centrafricaines
Le trafic ne s’arrêterait pas aux frontières de la République centrafricaine.
Selon les informations rapportées par le Wall Street Journal, des cargaisons sont acheminées depuis la Centrafrique vers des pays voisins, notamment le Cameroun. Le journal rapporte qu’une cargaison achetée autour de 7 000 dollars en Centrafrique pourrait atteindre environ 21 000 dollars après son acheminement vers le Cameroun.
Les transporteurs devraient également verser des sommes aux hommes armés contrôlant certains axes. Ces montants sont rapportés par des acteurs du commerce interrogés dans le cadre de l’enquête américaine.
La GI-TOC confirme l’existence d’un marché transnational du tramadol et présente la Centrafrique comme un point de destination et de redistribution des produits fortement dosés en Afrique centrale. (Global Initiative)
Le tramadol devient une nouvelle source de revenus
Pour les réseaux liés à Wagner, le commerce du tramadol s’inscrit dans un ensemble économique beaucoup plus large.
Le Wall Street Journal relie cette activité au contrôle des mines d’or et aux circuits de bois, ainsi que sur le trafic du charbon et d’alcool frelaté. Le trafic de stupéfiants constitue ainsi une source supplémentaire de revenus autour des territoires contrôlés par les anciens combattants russes.
La GI-TOC estime pour sa part que les réseaux liés à Wagner tirent d’importants revenus de l’exploitation et de l’exportation clandestine de l’or centrafricain. Son rapport de 2026 estime à environ 180 millions de dollars par an les revenus liés aux exportations illicites d’or attribuées au groupe.
Le tramadol ne constitue donc pas une activité séparée des autres économies clandestines. Les différentes activités utilisent les mêmes territoires, les mêmes routes et parfois les mêmes dispositifs de contrôle.
Cette convergence explique l’importance prise par l’Oubangui dans les informations recueillies par les enquêteurs. Le fleuve constitue à la fois une voie commerciale, un axe de circulation transfrontalière et un passage utilisé pour l’acheminement de marchandises illicites. (The Wall Street Journal)
Une présence russe qui conserve ses réseaux
Après la mort d’Evgueni Prigojine en 2023 et la réorganisation des activités russes en Afrique, une partie des opérations de Wagner a été intégrée dans les structures dépendant du ministère russe de la Défense.
Le cas centrafricain reste particulier. Le Wall Street Journal rapporte que des mercenaires russes du groupe Wagner ont conservé des positions économiques et des réseaux nationaux. Le journal affirme qu’ils seraient désormais dirigés par Pavel Prigojine, le fils du fondateur de Wagner.
Cette situation permettrait à ces réseaux de conserver une influence sur certains territoires, les activités minières et les circuits commerciaux.
Les révélations du quotidien américain rejoignent ainsi plusieurs éléments déjà rapportés par le CNC sur le fonctionnement économique des réseaux russes en Centrafrique. Le trafic de tramadol apparaît désormais dans plusieurs enquêtes indépendantes comme une composante d’un système plus large associant activités minières, contrôle des routes et commerce transfrontalier. (Corbeau News Centrafrique) Actions disponibles Utiliser le rotor pour accéder à Liens
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